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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 11:29

Libre opinion lundi 14 décembre 2015

Après le second tour, il y a urgence à prendre du recul,

Après la tempête du premier tour, il est temps que le calme revienne pour que nous puissions prendre du recul pour analyser les résultats et comprendre le message du peuple de France, le seul qui compte, et qui n’est pas un message du peuple de gauche contre un message du peuple de droite. Fort heureusement, le triomphalisme a été absent des réactions de tous bords. L’abstention a fortement baissé et les résultats sont relativement équilibrés entre la gauche et la droite. Ce seront souvent des nouveaux élus qui dirigeront les régions. Peu de sortants ont été reconduits. Il faut passer du contre le FN, contre la gauche ou contre la droite à des pour des réformes, pour une nouvelle Europe, pour une éducation enfin positive avec la valeur travail au centre de toutes les préoccupations. Guillaume Goubert dans « La Croix » de mardi dernier l’a bien exprimé : « Le choc que représente le résultat du 6 décembre amène dans un premier temps toutes sortes de prises de position « contre »…Etape inévitable. Cependant, il est extrêmement urgent de passer à des prises de position « pour ». Quels projets positifs proposer aux Français pour sortir de ce marasme ? Nous avons besoin de projets sérieux, durables, solidaires, pour atteindre un objectif décisif : remettre le travail au centre de la vie sociale. » Pour passer résolument vers les projets fiables et positifs, il faut sortir du déni comme le dénonçait « Le Monde » de mercredi dernier en parlant de Manuel Valls et Nicolas Sarkozy : « Je ne suis pas venu pour m’excuser. Face à la montée du FN, Manuel Valls n’a pas voulu évoquer l’incapacité du gouvernement à résorber le chômage. Le message des Français s’adresse d’ abord au gouvernement, a jugé Nicolas Sarkozy, sans remettre en cause sa stratégie face à l’extrême droite. »

J’aime bien l’analyse de Daniel Cohn-Bendit dans « L’OBS » lorsqu’il appelle à sortir de l’hypocrisie généralisée : « Il est temps que les partis de gouvernement, de droite comme de gauche, en finissent avec le double langage qui ne fait que les rendre impuissants, et donc inutiles, aux yeux des électeurs. Pendant la campagne électorale, ils prétendent savoir exactement ce qu’il faut faire pour sortir la France du désastre, et dès qu’ils sont au pouvoir, ils ne font pas la moitié de ce qu’ils ont promis. Ce mensonge originel accentue le désarroi d’une partie de la société qui fait de l’impuissance des politiques la conséquence d’une soumission fantasmée des gouvernements à l’Europe et au néolibéralisme….Surtout, la France doit apprendre la culture du compromis. Aujourd’hui, les partis de gouvernement, de droite et de gauche, doivent être capables de trouver des compromis et de bâtir des coalitions lorsque certaines situations l’exigent…L’Europe qui reste notre avenir, s’est bâtie entre les sociaux-démocrates, les démocrates-chrétiens, les libéraux et les écologistes. Pourquoi ne pas assurer ce rapprochement plutôt que de mettre en scène de fausses oppositions ?...Le climat culturel est assez désespérant car les partis politiques sont incapables d’un sursaut moral et démocratique. Ils sont tellement autocentrés qu’ils se voient eux-mêmes seuls sauveurs de la république. Mais il y a des moments dans l’histoire où la République n’est pas sauvée par une seule force, de droite ou de gauche, mais par toute une partie de la société venue d’horizons divers. »

Xavier Bertrand, qui a fait le meilleur score du second tour avec 54,8% des voix, est le seul qui me semble avoir compris le message d’urgence envoyé par les gens du Nord. Son discours n’était pas celui d’un vainqueur, mais celui de quelqu’un qui avait profondément ressenti l’appel lancé par les électeurs. Il nous a dit que cette campagne changerait à jamais sa façon de faire de la politique. Il s’est éloigné des ténors parisiens et a reconnu qu’il avait lui-même fait partie de cette classe politique qui disait avoir compris mais ne changeait rien une fois élu. Il m’a semblé sincère. Il doit maintenant innover dans la gestion de la région et confirmer son éloignement de tous les ténors parisiens, dont il avait longtemps fait partie. Dans cette grande région, la vieille gauche avait dominé pendant des décennies et la situation économique, sociale et culturelle y est franchement mauvaise. Martine Aubry est, pour moi la grande perdante, et c’est plutôt une bonne nouvelle, tant elle a pu faire de mal.

Dans notre grande région du nord-est, que j’appelle Rhin-Meuse-Champagne, deux départements sur dix ont mis le FN en tête au second tour : la Meuse et la Haute Marne. Ce sont les deux départements les plus en retard économiquement et culturellement. Dans les Ardennes, plusieurs communes, comme Nouzonville, ont également placé le FN en tête du second tour. Si l’on veut stopper cette montée fulgurante du FN, qui a triplé ses voix depuis la dernière élection régionale, il faut absolument résoudre le problème du chômage et celui du retard culturel lié à la faillite de notre système éducatif. Ces deux problèmes sont étroitement liés. Ils sont la cause du désespoir. Le président de cette grande région devra veiller à l’équilibre des territoires.

Nous sommes maintenant à moins de 18 mois de l’élection présidentielle. La poussée du Front National n’est pas conjoncturelle. C’est une lame de fond portée par le mécontentement du peuple de France qui rejette les mensonges successifs de la droite et de la gauche. L’heure des primaires à droite et au centre approche. Il serait bien de l’avancer en juin pour ne pas laisser trop de temps à l’incertitude et permettre un large rassemblement sur le candidat désigné. A gauche, François Hollande se grandirait en acceptant, soit de se retirer, soit de se soumettre au verdict d’une primaire. Je redis mon souhait de voir disparaitre de nos écrans électoraux Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui sont pour moi les principaux responsables de ce désarroi et de cette colère du peuple de France. Il faut maintenant savoir se réunir « pour » un projet et non « contre » des hommes.

Jacques JEANTEUR

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