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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 21:47

Entre blocage et négociation, le département de Mayotte fatigue

LEMONDE.FR | 28.10.11 | 21h08

 

 

Des manifestants protestent dans les rues de Mamoudzou, le 10 octobre 2011.

Des manifestants protestent dans les rues de Mamoudzou, le 10 octobre 2011.AFP/RICHARD BOUHET

  Après quatre semaines de mouvement social et d'affrontements, Mayotte, devenu le 101e département français le 31 mars 2011, n'a toujours pas retrouvé le calme. Des barrages érigés à l'aide de troncs d'arbres bloquaient encore, vendredi 28 octobre, une partie des axes principaux de l'île. La liaison entre Petite-Terre et Grande-Terre était, elle aussi, interrompue depuis l'entrée dans le mouvement de grève, jeudi, du personnel du Service de transport maritime. Quant aux magasins, ils restent fermés, à l'exception de rares supermarchés qui ouvrent timidement mais leurs rayons sont vides, faute d'approvisionnement. Les médicaments commencent également à manquer. La population de cette petite île de l'océan Indien, au nombre de 186 000, réclame une baisse du coût de la vie et des produits de première nécessité, dont le riz, la farine, l'huile, le lait, les tomates, la viande et les "mabawas" – les ailes de poulet, en mahorais. Ces différentes marchandises apparaissent sur une liste de dix produits dont les syndicats et associations de consommateurs souhaitent voir le prix baisser. L'intersyndicale, le Medef et les élus de l'île se sont rencontrés le 17 octobre. Parmi eux, seule FO a paraphé l'accord signé avec le Medef portant sur la baisse d'environ 10 % du prix de neuf produits. Les autres ont claqué la porte, à commencer par Salim Nahouda, secrétaire départemental de la CGT Mayotte, et restent mobilisés.

>> Lire A Mayotte, "l'Etat doit prendre ses responsabilités"

 

Des enfants du village de Majicavo - Koropa, dans le quartier dit du Plateau, jouent le 18 mars 2011, sur la commune de Koungou, sur Grande-Terre, la plus grande île de Mayotte.

Des enfants du village de Majicavo - Koropa, dans le quartier dit du Plateau, jouent le 18 mars 2011, sur la commune de Koungou, sur Grande-Terre, la plus grande île de Mayotte.AFP/SOPHIE LAUTIER

 

"On attend de voir ce qui sera fait pour la viande", au cœur des revendications, tempère néanmoins Rifay Saïd Hamidouni, président de l'Association des consommateurs mahorais et membre du syndicat FO. "On attend aussi de voir si la grande distribution va revoir la grille des prix du panel de 400 produits qu'on lui exposera prochainement", ajoute-t-il. Mais la cherté de la vie ne s'arrête pas à ces quelques denrées de base. "Ici, je paie mon tube de dentifrice environ trois euros, alors qu'il me coûtait moins d'un euro en métropole", témoigne ainsi un Mahorais de 23 ans.
Ce mouvement rappelle celui qui a touché la Guadeloupe pendant 44 jours, en 2009. Pour Elie Domota, le porte-parole du mouvement contre la pwofitasyon (LKP), il y a effectivement des similitudes. Interrogé par le Journal du dimanche, il explique : "Les causes du mal sont les mêmes : une société à deux vitesses avec beaucoup d'arrogance et de mépris (...). Il s'agit de maintenir en place le même système avec au sommet de la pyramide ceux de la grande distribution qui s'en mettent plein les poches et en bas les Mahorais qui souffrent. Ils ont raison de se soulever contre ce système." A terme, il s'agit aussi d'augmenter le pouvoir d'achat. "La baisse des prix est un symbole, mais au-delà, nous demandons l'alignement du smic local à 1 300 euros, des prestations sociales, l'extension de tous les droits sociaux, l'augmentation des retraites, etc.", a affirmé Salim Nahouda, de la CGT, à Médiapart (article payant).

 

Des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont émaillé le mouvement contre la vie chère.

Des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ont émaillé le mouvement contre la vie chère.AFP/PHOTO IMAZ PRESS REUNION

 

Selon Les Echos, les demandes de chômage partiel se multiplient : "elles concernent déjà 2 300 salariés, pour environ 17 000 actifs recensés dans le secteur privé". Interrogé par le quotidien économique, Jean-Paul Aygalent, directeur du travail, affirme que "de nombreuses entreprises n'ont réalisé aucun chiffre d'affaires en octobre". Et dans le secteur du tourisme, les annulations pleuvent.   Le 27 septembre, lorsque l'intersyndicale décide de lancer le mouvement de grève générale qui doit permettre de faire pression sur les responsables politiques et économiques locaux, personne n'imaginait un mouvement si vaste. Rifay Saïd Hamidouni souhaitait "éviter la paralysie de l'île et l'arrêt de l'activité commerciale". Raté. Mais le blocage actuel sur la cherté de la vie n'explique pas à lui seul l'ampleur de la contestation. "Je peux vous assurer que ceux qui ont décidé de poursuivre le mouvement après le 17 octobre sont aujourd'hui complètement dépassés," confie M. Hamidouni. Dans sa ligne de mire : la CGTMa ou la CFDT.

 

Des policiers dans le centre-ville de Mamoudzou, le 10 octobre.

Des policiers dans le centre-ville de Mamoudzou, le 10 octobre.AFP/RICHARD BOUHET

 

Par "dépassé", le président de l'Association des consommateurs mahorais pense notamment à Ali El Anziz, retrouvé sans vie, mercredi, devant un magasin de Mamoudzou, après des affrontements avec la police – la mort serait due à un massage cardiaque mal prodigué, selon le rapport d'autopsie – ou à l'adolescent de 14 ans hospitalisé après des affrontements entre jeunes et gendarmes, mardi. La préfecture de Mayotte avait déclaré le lendemain que le garçon avait été atteint par "un projectile" non identifié, non par un tir de "gomme-cogne". Ces deux événements ont, à coup sûr, enflammé un peu plus des esprits déjà bien échauffés par une présence policière massive dès les premiers rassemblements publics. Au début du mois, un garçon de 9 ans avait été blessé à l'œil par un tir de Flash-Ball. Le gendarme à l'origine du tir a été mis en examen depuis.

 

 

Le gouvernement français cherche désormais une sortie de crise, sans succès pour le moment. La ministre de l'outre-mer, Marie-Luce Penchard, qui s'était rendue sur l'île en urgence le 14 octobre, a chargé jeudi Denis Robin, ancien préfet de Mayotte, d'une mission pour tenter de résoudre la crise. M. Robin, qui connaît bien Mayotte pour y avoir préparé entre 2008 et 2009 la départementalisation du territoire, a pour objectif de mener  "toutes les consultations" qu'il jugera "utiles".

 

Marie-Luce Penchard et l'ancien préfet de Mayotte, Denis Robin, le 27 octobre 2011.

Marie-Luce Penchard et l'ancien préfet de Mayotte, Denis Robin, le 27 octobre 2011.AFP/THOMAS SAMSON

 

Un nouveau mandat qui intervient après celui du médiateur, Stanislas Martin, concernant la question plus technique des prix, mais qui a débouché sur une impasse lors de la réunion de  l'observatoire des prix, lundi. "Nous attendions un négociateur, on nous envoie un médiateur ayant pour mission d'écouter les différentes parties et de produire pour la semaine prochaine un rapport, notamment à l'intention des membres de l'observatoire des prix", a regretté Salim Naouda, qui rapporte le sentiment d'une intersyndicale unanime. Quatre jours plus tard, M. Martin s'est voulu rassurant. Il a assuré que le prix de la viande n'était pas le fait d'"arnaques" et a préconisé plus de concurrence au service du consommateur. Si le gouvernement cherche à résorber la crise au plus vite c'est aussi parce que le climat se radicalise. "La situation est différente d'il y a une dizaine de jours, où nous avions des manifestations de la population, mais aujourd'hui les Mahorais aspirent à retrouver une vie normale et visiblement, le mouvement se radicalise, peut-être avec une centaine de jeunes", estime Mme Penchard.  Rifay Saïd Hamidouni s'inquiète lui aussi des débordements impliquant "des jeunes sans emploi, sans encadrement et sans aucune perspective d'avenir". Des jeunes pouvant aussi appartenir à la communauté comorienne arrivée clandestinement sur le territoire par l'île d'Anjouan. Néanmoins, M. Hamidouni persiste et signe : "les Mahorais resteront mobilisés jusqu'au bout".
Mathias Destal

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