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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 00:46

 

Commémoration de l’abolition de l’esclavage et de la traite négrière

 

 

Le 10 mai, les départements de la France continentale qui le souhaitent  commémorent l’abolition de l’esclavage et de la traite négrière.

 

 

« Charleville-Mézières, ville d’Arthur Rimbaud, fait partie indéniablement des villes de métropole où la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions est commémorée avec le plus d’éclat » Le propos est du Préfet Pierre N’Gahane. L’implication des autorités carolomacériennes et du département, n’est peut-être pas le fait d’une avantageuse prise de conscience. La route est encore longue mes amis… ! Oui, le concours de circonstance a sa place dans cette implication sincère : une dynamique Amicale afro-antillaise dans les Ardennes, un Préfet acquis au fait et des personnalités dans ladite association disposant d’un carnet d’adresses riche.

Mon propos ici, n’est pas de vous décrire ce à quoi ont assisté les personnes présentes à cet évènement  dont la complexité commande à ce que, partout, la modération soit de règle. Je voudrais vous livrer un élément de réflexion. Bernard Dordonne, journaliste à L’Ardennais, et maître de cérémonie, relata devant les officiels son rêve de la veille : que ces gens qui ont lutté pour la liberté humaine aient la place qui leur revient dans notre société. Moi je ne peux souhaiter qu’une chose : que ce rêve-là ait un sens dans les oreilles de nos représentants, partout où ils siègent. Je ne suis pas de nature à verser dans le pessimisme exacerbé ; mais je crains qu’il nous reste un long chemin à parcourir avant de palper une prise de conscience sincère. Devant un publique venu en nombre, des Français continentaux, des Français ultramarins, des Français tout court dirais-je, des visages du continent africain, nous disions ceci en citant Frantz Fanon : « il ne faut pas essayer de fixer l’homme, puisque son destin est d’être lâché. La densité de l’Histoire ne détermine aucun de mes actes. Je suis mon propre fondement. Et c’est en dépassant la donnée historique, instrumentale, que j’introduis le cycle de ma liberté. Le malheur de l’homme de couleur est d’avoir été esclavagisé. Le malheur et l’inhumanité du Blanc sont d’avoir tué l’homme quelque part. Sont, encore aujourd’hui, d’organiser rationnellement cette déshumanisation (…) le nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc » Car Fanon nous livre là un vrai projet de société appelant à construire un avenir commun et harmonieux ; or, il m’a semblé lire au travers des absences des uns ou des autres une autre aspiration. La société civile, malgré les invitations lancées a brillé par son absence ; on peut rendre hommage à l’Inspection de l’Académie de Charleville qui a su mobiliser la jeune génération. Notre chaine de télévision publique, celle que nous finançons tous (français d’ici et d’ailleurs) nous a adressé le plus inadmissible mépris, en faisant le choix éditorial de ne pas couvrir cet évènement unique dans la région Champagne-Ardenne. Cette société-là n’est pas encore prête à entendre une histoire qui est aussi la leur. Peut-on comprendre, en toute sincérité, qu’une chaine de télévision publique par son antenne locale puisse se désintéresser d’un tel évènement fondateur de notre société multiculturelle ? Ces décideurs de salle de rédaction ne sont surement pas prêts… Donner une information sur l’Africain, sur le Noir tout simplement, tant qu’il n’y a pas le coté clownesque ou polémique ne les intéresserait peut-être pas ! Le chemin est long, mes amis je vous le disais…

                                                                                                                             Darkaoui

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 21:31

La Tolérance

 

La Tolérance désigne la capacité à accepter ce que l'on désapprouve, c'est-à-dire ce que l'on devrait normalement refuser.

Entendez l’histoire de ces deux voisins : le 1er écoute de la musique à un niveau sonore très élevé, ce pendant que le 2nd rage, car ne peut récupérer de sa nuit de travail. C’est alors avec toute la force menaçante qu’il pouvait en mettre, que ce dernier  débarque chez son voisin pour finir par découvrir l’atteinte sensorielle de celui-ci ; il est sourd profond. Compatissant, il lui fait un geste de la main, en guise d’au revoir  avant de regagner son domicile. Il déménagera quelques jours plus tard. Cet exemple nous  permet  de monter que l'intolérance vient de la méconnaissance de l'autre,  du manque de dialogue (d’échange) entre les humains,  et que l’indulgence  toute seule ne suffit pour faire éclore la Tolérance.  Ce n’est pas de Voltaire, mais de C L Strauss que je tire cette citation: « la tolérance n’est pas une position contemplative, dispensant les indulgences à ce qui fut ou à ce qui est ; c’est une attitude dynamique, qui consiste à prévoir, à comprendre et à promouvoir ce qui veut être. »

Ne perdons pas de vue que « la Tolérance n’est pas une limite : on ne "tolère" pas, faute de mieux, ce que l’on souhaiterait cependant pouvoir éliminer. Elle est une attitude positive : la Tolérance, c’est l’ouverture de la conscience à la possibilité d’un progrès. » Chaque fois qu’on l’a vue éclore quelque part, elle annonçait la fraternité.

La tolérance est donc une valeur morale qui s’acquiert (non congénitale). Elle se battit dans le temps et dans l’espace ; elle a pour substance l’éducation et l’instruction. Helen Kellerdisait « Le meilleur aboutissement de l'éducation est la tolérance. » Elle est une vertu. Atteindre une telle vertu, appelle un travail individuel, personnel. De ce fait, elle devient un caractère distinctif du genre humain par comparaison au genre animal. Par conséquent, l’intolérance est le fruit de l’ignorance, du livrer-à-soi-même. L’intolérance n’est pas de Droit Humain. C’est ainsi qu’en refusant la tolérance à ceux qu’apparaissent comme les plus intolérants d’entre nous, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques. Par contre, Le tout est de savoir définir la frontière entre Tolérance et Laxisme. Car de toute évidence, la tolérance sans valeurs morales frontières est mère, d’une part, des dérives les plus abominables, de l’anarchie et d’autre part du règne du plus fort. Plus de frontière morale. Plus de digue. Plus de sentier éclairé. Plus de boulevard illuminé. La barbarie frappe à la porte. Le Barbare moderne surgit dans la chambre des compromis. La violence dogmatique. La violence de la pensée unique. La violence nombriliste. Et la fraternité vole en éclat. La Tolérance ne doit donc pas être abdication comme pourrait le laisser comprendre la conception de John Locke dans sa « Lettre sur la tolérance » quand il la définit comme étant une disposition qui consiste à : « cesser de combattre ce qu’on ne peut pas changer ». Pas plus d’ailleurs, qu’elle ne pourrait être assimilée à l’indifférence, à l’indulgence, ou à la permissivité.

 Subsidiairement, la tolérance peut également avoir une déclinaison scientifique ; c’est ce que l’on retrouvera dans la notion de tolérance immunitaire (nous en dirons un mot plus loin), et de tolérance technique en génie mécanique électronique et informatique ; elle est la marge d’erreur acceptable, ou la capacité de résistance à une agression. Enfin, si vous le permettez, nous esquisserons un essai de compréhension du rapport Laïcité-Tolérance.

 

D'une manière didactique (si je puis prétendre à celà) je prends, ici, le parti de distinguer Tolérance individuelle et Tolérance collective (sociétale)

Tolérance individuelle : elle est une disposition morale, philosophique…propre à chacun et pour soi-même, mettant en jeu deux processus contradictoires dont l’un tend à l’expression des libertés individuelles, tandis que l’autre vise au respect d’autrui dans ses libertés, ainsi qu’au respect des règles sociétales.

« Ce n’est pas parce que vous croyez en quelque chose de tout votre être que vous avez le droit de l’imposer aux autres », disait un homme politique (F B) ; à la façon Voltaire, « crois ce que tu crois, et ce que tu ne peux croire, ou tu périras » ; ou encore, comment imaginer que l’on puisse subir ceci  « Sois comme nous ; Conçois ce que nous concevons ; adopte ce que nous adoptons et c’est à ses seules conditions que la valeur homme te sera reconnue » ; alors que nous sommes tous différents dans nos modes de vie, dans nos coutumes. Ne perdons pas de vue que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies et ne considérons pas les mêmes choses.  

Empruntons ce principe universel « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais qu’on te fit », pour dire que la tolérance passe par l'écoute de l'autre et surtout par la compréhension de l’autre dans toutes ses différences. Les différences, richesse par excellence, aiguisent le sens de l’acceptation de ce qui nous est étranger, elles nous ouvrent les yeux, et  permettent d’aller  petit à petit dans la Lumière. La tolérance apaise le cœur pour que l’esprit travaille le chemin vers la Lumière ; elle nous permet de gravir les échelons du perfectionnement de l’Homme. A contrario, l’acceptation par faiblesse (sous la contrainte de la faiblesse) est soumission déguisée parfois avec le pardon; or tolérance n’est pas pardon ; dans le pardon, il y a quelque chose comme « s’abaisser pour sauter » ; dans tolérance, il y a quelque chose comme « sauter et encore sauter plus haut ». C’est ainsi qu’en cumulant l’expérience des différences, nous comprenons et tolérons ce qui nous est étranger. L’altérité n’est plus un repoussoir.

Une autre forme de tolérance, est la tolérance en immunologie. Notre corps n’accepte en son sein que ce qu’il reconnait comme semblable ; il n’assimile que les éléments assimilables. La tolérance immunitaire est une des tolérances les plus restrictives elle a plutôt tendance à définir l’Homme comme de nature intolérant. Pétrir l’individu de la valeur Tolérance appelle, alors, un travail personnel à contre-courant de la nature humaine, dont l’éducation et l’instruction forment la cheville ouvrière.

Tolérance collective, sociétale : elle est régie par des dispositions morales (religieuses), socioculturelles, politiques (valeurs républicaines, laïcité), juridiques…. Et parce que ces dispositions sont rythmées par l’évolution des civilisations et des mentalités, que la tolérance sociétale meut ; elle est incontestablement une valeur centrale dans la promotion des civilisations. V. Hugo dans son discours prononcé à l’assemblée en septembre 1948, au sujet de l’abolition de la peine de mort (symbole majeur de tolérance) disait : « la peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie. Partout où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine ; partout où la peine de mort est rare, la civilisation règne ». Et à juste titre ! car l’homme ne peut s’arroger le droit d’enlever la vie à son semblable ; et qu’il suffit de l’enlever par erreur une fois pour que cette seule fois  soit celle de trop. A l’opposé, résister aux assauts de certains courants de pensée (parentalité des homosexuels, laïcité philosophique concept belge, dépénalisation du cannabis, mais prenons en exemple l’euthanasie avec la demande de la légalisation de l’euthanasie)  prendrait-il le masque de l’intolérance ? De toute évidence, non. Ne pas légaliser l’euthanasie ne nous paraît pas correspondre à de l’intolérance,  quand on conçoit la valeur de la vie humaine et la mission (éthique) de la médecine d’aujourd’hui. Cette mission (éthique) viendrait-elle à changer que ce « non-il-n’y-a-pas-intolérance » d’aujourd’hui deviendrait « oui-il-y-a-intolérance» demain. Les repères dans la conception de la cellule familiale viendraient-elles à bouger que la parentalité des homosexuels ne souffrirait d’aucun obstacle. En vérité, une société qui se bâtit avec la certitude et le spasme dans ses orientations, est une société obscurantiste vouée à l’émiettement. La volonté de tolérance, sœur de la démocratie, a permis la coexistence des différentes civilisations ou cultures anciennes et contemporaines, comme l’atteste ce grand principe du peuple romain « c’est aux dieux seuls à se soucier des offenses faites aux dieux » au sujet des luttes fratricides au sein des églises. Il ne s’agit pas de croire vivre dans un havre de paix où la discorde, la controverse seraient ignorées ; bien au contraire, puisque elles seules élèvent la volonté de tolérance.

La tolérance  collective s’articule donc autour de la notion de respect des formes culturelles éloignées des nôtres, autour de la notion de respect et de Liberté des autres civilisations, et au sein même d’une même société autour de la notion de respect des différences culturelles dans toutes ses composantes (notre modèle français en est l’exemple). C Levis Strauss ne dit pas le contraire quand il déplore ce manque de tolérance dans l’ethnocentrisme: « l’attitude la plus ancienne […] qui consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles (morales, religieuses, sociales, esthétiques) qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. « Habitudes de sauvages », « cela n’est pas de chez nous », « on ne devrait pas permettre cela »… » Autant de réactions grossières, qui éloignent donc de la tolérance collective. C’est bien connu, la tolérance n’a jamais excité de guerre civile ; l’intolérance  a couvert la terre de carnages.

La tolérance dans une vision moraliste,  mettrait en balance  la notion absolue de bien et de mal. Elle a la force de reconnaître qu'une chose est mal, mais que la combattre engendrerait un mal encore plus grand. La tolérance peut alors conduire à une abstention volontaire dans le combat contre un mal identifié comme tel. Cette abstention n'est pas motivée par une relativisation des notions de bien et de mal, mais au contraire par la pleine conscience d'un mal qui ne peut pas être combattu sans produire un autre mal plus grave encore. L’abolition de la peine de mort en est l’illustration parfaite.

Mais alors peut-on  tout tolérer ? L’incitation à la haine, le racisme, le terrorisme ? La violence faites aux plus faibles d’entre nous ? « Pour qu'un gouvernement ne soit pas en droit de punir les erreurs des hommes, il est nécessaire que ces erreurs ne soient pas des crimes; elles ne sont des crimes que quand elles troublent la société: elles troublent cette société, dès qu'elles inspirent le fanatisme; il faut donc que les hommes commencent par n'être pas fanatiques pour mériter la tolérance. » Voltaire. En effet la tolérance, nous l’avons évoqué préalablement, appelle la reconnaissance  de  limites qui  sont fixées par le savoir vivre ensemble et si cela ne suffit pas par des lois qui donnent pour chacun le cadre de ce qui est tolérable. Paradoxalement,  la tolérance ne s'arrêterait-elle pas  quand la loi intervient ? En revanche, pour toute règle, il faut  des marges de manœuvre marges de tolérance qui nous permettent de ne pas devenir intransigeant mais de vivre ensemble de manière souple et non rigide.

Permettez-nous, avant de conclure, de dire quelques mots sur Laïcité et Tolérance : il apparaît que La laïcité, comme l’abolition de la peine de mort, est l’expression par excellence de la Tolérance ; elle est compromis et émancipation ; compromis en ce qu’elle permet la cohabitation dans l’espace publique du religieux avec l’areligieux, du croyant avec le non croyant… ; elle est émancipation en ce qu’elle instruit sans esprit dogmatique à son endroit. Et parce qu’elle n’est pas une  laïcité de combat, qu’elle libère. C’est parce que l’essence de la Laïcité c’est la reconnaissance de toute philosophie confessionnelle, libre dans l’espace privé, se neutralisant mutuellement dans l’espace publique, qu’elle est fille de la Tolérance. Autrement dit, la Laïcité n’est pas l’hostilité de principe envers les religions et moins encore la fermeture à toute spiritualité. La laïcité républicaine n’est pas dogmatique ; elle est transcendante d’esprit, loin au dessus de ce qui est conçu comme laïcité philosophique ou laïcité de combat. Là un autre sujet…

 

CC : la Tolérance c'est donc bien concevoir un écart sur les limites que l'on s'impose pour de multiples raisons (religion, éducation, politique, idéalisme, sectarisme, individualisme, communautarisme, sexisme).Elle commande au rejet du radicalisme, de l’absolue certitude et au dogmatisme. L’éducation et l’instruction la forgent. La démocratie en dépend. D’elle, les civilisations s’affirment. La tolérance  individuelle est la base élémentaire de la tolérance civile, sociétale qui, elle, est une valeur fondamentale de la Laïcité et de l’Humanisme.

                             

                                                                                                                  Darkaoui

 

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 08:50


Ancien président de Médecins Sans Frontières, Rony Brauman n'a cessé de s'interroger sur l'instrumentalisation des droits de l'homme en croisade morale. A l'occasion des événements de Tunisie et d'Egypte, il revient sur le droit d'ingérence et la mission civilisatrice que s'arrogent encore les puissances occidentales, les ONG, les intellectuels et certains médias, à chaque révolte populaire.



Rony Brauman (cc Wikimédia Commons)
Rony Brauman (cc Wikimédia Commons)

Marianne2: A l’occasion des mouvements de révolte en Tunisie et en Egypte, est-ce que vous observez le regain d’un discours droit delhommiste dans les médias, chez les intellectuels, les ONG et les politiques ? 

Rony Brauman: Le discours n’a jamais vraiment disparu. Cependant, nous assistpns effectivement à une reprise et une reconfiguration de ce discours, y compris chez les nouveaux philosophes, mais qui peut tout à fait se retourner contre la révolte populaire à laquelle nous assistons. Le problème est de lire ces événements à travers une grille idéologique « droitdelhommiste », c’est à dire une vision très normative d’événements qui sont inscrits dans une réalité politique  locale, régionale, internationale.  Si on analyse un événement seulement à travers la grille des droits de l’homme, on arrive à une vision « aplanissante » du monde. D’un point de vue politique, on a des appréciations beaucoup plus subtiles, nuancées et on peut choisir un camp par rapport à un autre. 

Concrètement, quelles sont les principales critiques que vous formulez à l'égard du discours « droitdelhommiste » ? 

 

Tout dépend où on pose le regard. J’ai beaucoup de réserves et de critiques à formuler au discours sur les droits de l’homme lorsqu’il vient des ONG, de la presse et des intellectuels, mais on ne peut pas le tenir pour une pure hypocrisie. En revanche, quand il est tenu par le pouvoir, c’est un discours de combat, une façon de se poser dans une compétition, et de se donner des avantages par rapport aux autres. Si on se place du point de vue  de l’Elysée, par exemple, Sarkozy nous expliquait au moment de la campagne que tout persécuté dans le monde avait une deuxième patrie qui était la France. Kouchner a été nommé au Quai d’Orsay pour mettre en avant les principes de l’ingérence humanitaire, la défense universelle des droits de l’homme. On a vu ce qu’il en était.  De ce point de vue, le discours s’est considérablement abaissé mais ce n’était que par rapport à une posture déclamatoire, électoraliste qui annonçait des ruptures là où il n’y avait que de la continuité. Bref, c’est un discours de circonstances.  

 

Est-ce que ces discours s’appuient sur la même base idéologique que le « droitdelhommisme » qui connut son heure de gloire dans les années 80 ?

Il n’est pas totalement différent, c’est une vision juridico-morale qui sous tend ces mouvements, également l’idée naïve d’extension de nos modèles européens et américains au reste de l’humanité.  
Au moment de la guerre froide, la question des droits de l’homme était beaucoup plus politique : l’anti-totalitarisme pour faire vite. Nous sommes passés du fascisme rouge au fascisme vert. Désormais s’y rajoute une sorte d’armature juridique, l’idée qu’il n’y a pas de paix sans justice, dont le Tribunal pénal international est la démonstration.  Ce qui me frappe c’est l’absence totale de vision historico-politique que j’oppose au juridico-morale. 

 

En quoi ces discours qui prônent le « droit d’ingérence » peuvent avoir des conséquences négatives sur les processus révolutionnaires en cours en Tunisie et en Egypte ? 

 

Ces mouvements ont leur dynamique propre et donc ils font leur chemin indépendamment de ce que l’on peut en attendre. Mais, toute ingérence qui deviendrait pesante, au delà d’un discours de soutien à la démocratie, pourrait être très négative sinon contre-productive. Quand Obama laisse entendre, dans son discours du 5 février, que Moubarak doit quitter le pouvoir, il commet une grossière erreur parce que tout départ de Moubarak est dès lors perçu comme un acquiescement à la puissance américaine ce qui trahirait l’essence même du mouvement. Il faut évidemment regarder ces mouvements avec sympathie et émotion mais en sachant que nos moyens de pression sont très limités. Et heureusement.   

 

Au-delà, est-ce que vous estimez que le repoussoir islamiste a joué le rôle d’assurance-vie pour ces régimes ?   

 

On a toujours brandi l’épouvantail islamiste, à travers l’exemple iranien, mais sans jamais rappeler que la révolution islamiste a pris place dans un environnement où toute opposition laïque avait été impitoyablement réprimée et que les mosquées étaient les seuls lieux d’expression de la contestation et qu’il y avait de « bonnes » raisons pour que cette révolution soit islamiste. Sans défendre la révolution iranienne, loin de là, on oublie d’expliquer que cette dérive fascisante de la révolution islamique est, au moins, en partie, le fruit de l’agression dont l’Iran a été l’objet par l’Irak. Le tout soutenu par l’Europe, les Etats-Unis etc.   

En Egypte, il n’y a rien de comparable, il y a une opposition démocratique et laïque, les frères musulmans ont leur place dans l’opposition même s’ils ne sont pas, à proprement parler un mouvement démocratique et laïque. Mais ils sont eux-mêmes divisés. Il faut donc en finir avec cette espèce de bloc terrifiant de barbus fanatiques. Voyons la réalité politique dans sa complexité et ses différences qui sont gommées, encore une fois, par une vision purement droitdelhommiste de l’affaire.  

 

Est-ce que vous pensez qu'une chute de Moubarak comporte le risque d'enterrer les traités de Paix signés entre l'Egypte et Israël ?  

 

La politique égyptienne a pour une part été un pôle de stabilité dans la région mais, on oublie que le calme revenu sur le flanc sud d’Israel n’a pas été mis à profit pour enclencher une dynamique de paix  mais pour partir à l’attaque sur les flancs est et nord avec un démarrage de la colonisation cisjordanienne. Là aussi, il y a une façon anhistorique de considérer le traité de Camp David de 1978. En ce sens, on surévalue l’effet stabilisateur  du traité de paix israélo-égyptien. D’ailleurs, on le voit, en ce moment, les Israéliens disent que tant que les régimes arabes seront dictatoriaux, aucune paix ne sera possible, mais quand ils voient poindre un mouvement démocratique, ils expriment vivement leurs inquiétudes quant à un éventuel changement. L’entrée dans un processus de négociations devient impossible dans tous les cas.

 

Source: Marianne2.fr

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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 20:26

Libres opinions                                                                       Lundi 23 août 2010

            Le message du médiateur de la République,

           modem-tetes-de-liste.jpg Dans son excellent rapport annuel, le médiateur de la République,  Jean-Paul Delevoye, constate le recul général du sens communautaire et il s’en inquiète.  Il constate « la vitesse et la prégnance avec lesquelles le sentiment d’injustice se diffuse dans la société. » Il perçoit aussi « l’urgence et la difficulté qu’il y a à contrer ce sentiment, mêlant angoisse et rancœur, prêt à se déverser dans les pires exutoires. » La complexité croissante de la loi éloigne le fonctionnaire du citoyen et dégénère vite en violence et en perte du respect de l’autre.  Il constate la fragilisation croissante de notre société. « L’époque où le vivre ensemble se fondait sur l’existence de règles communes, sur des autorités de proximité les faisant respecter et sur des citoyens qui les connaissaient et y adhéraient semble révolue…L’individualisme met en exergue l’individu et le valorise dans ses réussites. Il l’isole dans ses échecs et développe alors parfois le mépris de soi qui engendre le mépris des autres. » Au travers des nombreux dossiers qui lui sont confiés, le médiateur constate que la dimension humaine est trop souvent absente du management des entreprises et des services publics. Son rôle est de défendre les plus faibles et de promouvoir le respect mutuel. Il cherche à restaurer la confiance et à redonner du sens à l’action publique  Il ne craint pas d’écrire : « Le politique, au cœur d’importants conflits d’intérêt, peine à convaincre de son impartialité…La loi n’apparaît plus comme le bouclier du plus faible contre le plus fort, mais comme une nouvelle arme aux mains du plus fort pour asseoir sa domination contre le plus faible. »

            La revue France Forum, créée il y a plus de 50 ans dans la mouvance démocrate chrétienne se veut au centre de la république. Depuis sa création, après la libération, elle va des socialistes aux gaullistes, sans aucun préjugé à l’égard de tel ou tel parti. Elle a interviewé  Jean-Paul Delevoye sur son rapport de médiateur de la République. Il rappelle qu’en 1995, le thème de campagne sur la fracture sociale témoignait encore « de la sensation d’appartenir à une communauté de solidarité. Sept ans plus tard, c’était exactement l’inverse. La société avait rapidement basculé et le thème de la sécurité signifiait en vérité que l’on ne croyait plus à la réussite de la nation. En 7 ans, on est passé de l’acceptation de l’autre au rejet de l’autre…Le champ des espérances collectives a complètement disparu…Les gens errent à la recherche du champ des espérances perdues. » Constatant que l’homme est devenu esclave de la consommation, Jean-Paul Delevoye pense qu’il n’est plus capable d’accepter des efforts pour une réussite collective. « Nous vivons dans un système bien curieux où la prime au plus fort l’emporte sur le respect de la loi ; où la vertu n’est pas nécessairement récompensée par rapport au vice. Nous avons donc un grand défi à relever : reconstruire une société humaine, où la personne, tombée à l’état d’individu-consommateur, retrouve sa dignité d’acteur de son destin. »

            Il définit ainsi la philosophie qui guide son action de médiateur : « aider nos concitoyens à adopter un état d’esprit plus positif, en passant de la gestion des peurs à la motivation de nouvelles espérances. La reconstruction du « vivre ensemble » ne pourra se faire sans offrir à chacun une place au sein du collectif, indépendamment de sa valeur sur le marché du travail, une place où son utilité d’être social soit affirmée et sa dignité d’être humain respectée. » Il considère que le service public s’est davantage intéressé au maintien de ses structures dans un statu quo confortable, plutôt que de prendre des risques pour innover dans l’intérêt des usagers. A force de ne pas apprendre à écouter le citoyen ou l’usager, l’action publique s’est enfermée dans l’immobilisme et la protection catégorielle.

            C’est un plaisir de voir que des hommes politiques de terrain, comme Jean-Paul Delevoye, qui a été pendant de longues années le président de l’association des maires de France, ont une vision lucide de notre société. Toute son ambition est de redonner de restaurer la confiance et de redonner du sens à l’action publique. Cela suppose que la loi redevienne, ce qu’elle n’aurait jamais du cesser d’être, « un bouclier du plus faible contre le plus fort. » Je partage son ambition.

 

                                                                                                          Jacques JEANTEUR

                                                                                                                 Président MoDem 08

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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 13:47

Les sujets n’ont pas manqués ces derniers temps : des législatifs, à la question environnementale dans sa composante élémentaire, en passant par l’éducation et le débat citoyen autour de la municipalité d’Ouani.

J’élude la question des législatifs.

L’équipe municipale et la question environnementale

Permettez-moi un mot sur l’équipe municipale : j’ai parcouru dans la liste transmise, des noms inspirant confiance, au premier rang desquels son premier magistrat que je connais bien pour avoir évolué dans ma jeunesse associative folklorique sous sa houlette. C’est un homme qui aime le travail dans sa perfection et qui saura dire « je ne suis digne de mes maîtres, que parce que j’ai su être à la hauteur de la tâche qui m’a été confiée ». Toute raison gardée, il saura se rappeler que le premier magistrat doit sa légitimité par le vote des administrés et non par désignation ; et par ce qu’il est désigné qu’il devra œuvrer comme auraient voulu ses maîtres. A trop faire,  rien n’est visible ; sauf ce qui est mal fait. Faisons peu, faisons efficace, devrait être son credo.

Nous voici  précurseurs d’une politique citoyenne (propreté de la ville, décharge publique, politique d’occupation du sol par lotissements et refus des constructions anarchiques, nom des rues…etc). Mais cela n’est réalisable que si les caisses des communes ne sont vides. Rêvons d’un court terme meilleur… Dans sa composition élémentaire, la chose environnementale  ouvre les débats par le prévisible abattage du M’siro. En abattant le M’siro, vous amputerez Ouani d’un membre supérieur qui vous accueille et vous protège à l’image d’un parapluie contre pluie et soleil. Je voudrais reprendre Jean-Jacques Rousseau qui disait dans  Rêveries du promeneur solitaire : « les arbres, (…), sont la parure et le vêtement de la terre » ; le M’siro est le Kofia, que dis-je, la robe de noce de notre ville ; c’est un plus, qui fait particularité, pour le contemplateur des villes. Gare ou courage (selon le camp) à celui dont l’acte, voire l’œuvre, portera  le sceau.

Et il est fort à parier que son abattage ne sera suivi de rien, pour une raison simple ; techniquement, me semble-t-il, rien de significatif  n’est constructible sur une aire d’une dizaine de m². L’élagage et la section des racines comprometantes ne me paraissent pas insurmontables ; mais si tel n’est pas le cas, alors, préservons les biens et d’éventuelles vies humaines en le rayant de la ville et de nos consciences ; je peux  vous garantir, qu’alors, Ouani retrouvera  un rang des plus banals des villes d’Anjouan, c'est-à-dire villes à ruelles délimitées par des murs, que savent se partager  piétons et voitures.

De l’éducation

Incontestablement, et sans en paraître une exclusivité anjouanaise (comorienne), Ouani montre les prémices d’un déclin culturel, dans toutes ses formes, artistique, éducative,  morale, sociale, religieuse ...et peut-être même identitaire.

S’emparer du sujet  et en débattre  distingue la conscience ouanienne

Or, il n’y a d’identité citoyenne sans politique éducative ; il n’y a de politique éducative sans politique de santé, au premier rang de laquelle la politique préventive (prévention vaccinale, prévention des IST, conduites et consommations à risque, …etc).

Aussi, la santé et l’éducation paraissent de loin les priorités nationales loin devant les connivences politico-affairistes qui animent les autorités politiques d’aujourd’hui, loin devant les trémulations diplomatiques dans je- ne-sais quel différend franco-comorien.

Nous sommes donc précurseurs en engageant le débat sur la question de l’école à Ouani. Il ne me semble pas vain de souligner que nul ne peut contester  la bonne volonté du corps enseignant  du lycée SMD et que vouloir faire de cette question une affaire wani-ouanienne correspond à traiter symptomatique là où il faut traiter étiologique.

En matière, de politique d’éducation, le courage nous prescrit, nous commande même, de dire que nous avons sacrifié plus d’une génération et continuerons à en sacrifier d’autres si la transcendance patriotique n’émerge du fond de la marmite. Je crains fort que le désarroi ne se substitue au désappointement, tant il est vrai que la rude tâche revient à l’ensemble comorien ; même si dans le passé, nous avons su nous distinguer des autres en la matière. Dans ce passé pas si lointain, les conditions élémentaires de réussite scolaire (la bonne santé et donc un niveau nutritionnel correct), étaient là et n’appeler que le « vouloir individuel» ainsi que le « vouloir ouanien ». Aujourd’hui, il convient bien de reconnaitre que ces conditions élémentaires font terriblement défaut, par défaillance de l’Etat. L’affairisme étatique nuira indéfectiblement le potentiel évolutif d’Ouani mais aussi des Comores (…).

A suivre

                                                                                              DARKAOUI ALLAOUI

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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 22:27

Retour sur le crash du 30 juin 2009

Voici un drame qui dépasse le territoire comorien et qui, par compassion pour les victimes et les familles, m'a amené à garder une période de silence, celle des 40 jours symboliques de deuil dans la tradition comorienne.

 Encore une fois paix aux 152 disparus.

Le 30 juin 2009, 00h51 (GMT +2), à quelques milles nautiques de l'aéroport international de Moroni, un Airbus A310 de la compagnie Yemenia Airways, reliant Sanaa à Moroni, s'abimait (ou plutôt finissait son parcours) en mer. De la totalité des personnes à bord, il ne sera fait état, dans la matinée, que d'une seule rescapée : Bahia Bakari. Après avoir pris la mesure de la catastrophe, le président de l'Union des Comores M. Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, en déplacement officiel en Lybie, regagnera deux jours plus tard − le 02 juillet exactement− Moroni. « …ce qui vient de se passer était écrit, car en tant que croyants, nous devons nous plier à la volonté et aux décrets divins. », distillera-t-il lors d’une allocution à l'adresse du pays endeuillé, en guise de consolations. « Aussi, en tant que croyants, incombe-t-il à chacun de nous de ne rien dire, ni faire qui puisse offenser Le Seigneur. » précisera-t-il encore.  Aucune égratignure à l'encontre de la compagnie yéménite. Toujours lors de la même allocution, il n’hésitera pas à mettre en garde : « je voudrais appeler chacun à éviter de faire une exploitation politicienne de cet accident » ; ce pendant que collectifs et autres associations de victimes montaient au créneau, réclamant que lumière soit faite dans les délais les plus brefs. Ce sont ces même associations et collectifs qui, quelques mois auparavant alertaient les autorités comoriennes du traitement indigne que subissaient les malheureux de la ligne Sanaa-Moroni. La mise en garde viserait-elle les défenseurs des victimes de cet accident ?! La suite nous le dira.

Rien donc, qui risquait d’offenser le « seigneur » ou les autorités yéménites; paradoxalement, la virulence du ministre comorien des transports, s'adressera à la France qui de son côte tentera de se déculpabiliser maladroitement, tant elle sera embarrassée par deux choses que sont : la citoyenneté de presque la moitié des victimes et le type d'appareil concerné dans un contexte inexpliqué d'accidents d’Airbus.

Incohérences et doutes légitimes
Et on ira de toutes les hypothèses et autres supputations pour expliquer la cause de la disparition de l'A310. D'une localisation de boites noires en milieu de matinée, on finira par dire qu'il s'agissait d'une balise, puis  rien ne viendra  donner espoir aux familles en attente d’explications. A l'ère où des avions militaires repèrent à quelques 320 km des côtes, des submersibles, il y a de quoi  étonner plus d'un.
Ce dont on est certain, c'est que ce drame touche de près trois états souverains: l’Union des Comores, la France et le Yémen.
Le Premier, d'abord, par l’origine des victimes − citoyens comoriens par ailleurs −  et puis par le lieu de l'accident.
Le Deuxième, à plus de deux titres ; d’abord par la présence de citoyens français (certes d'origine comorienne, mais Français...) et à titre non négligeable par le type d'appareil (Airbus)...etc
Enfin, le Troisième par la compagnie exploitante.
En revanche au Deuxième, le Premier se doit de rendre compte, en donnant notamment toutes les explications utiles dans la compréhension de l’accident et l'évolution de l'enquête.
Ainsi, et à première vue, la France ne pourrait faire l'objet d'attaque virulente tant de la part des autorités comoriennes que de la part des associations des victimes ; elle se doit d'être du côté des associations des victimes. Malheureusement, la maladresse du Secrétaire d’État français aux Transports, Dominique Bussereau vient  révéler plusieurs incohérences et exacerber des doutes légitimes. Tout laisse à imaginer, qu’il a eu du mal à concevoir que les originaires des Comores peuvent être français de nationalité (et surtout français tout court). Et la suite des événements souffrira d’une opacité sans égal.
Au troisième, il revenait aux autorités comoriennes d'exiger de rendre compte des conditions d’organisation du vol (techniques, d’abord : comme par exemple le nombre de passagers embarqués à Sanaa, leur aéroport initial d’embarquement et les critères civils des passagers ; et puis sécuritaires). Le choix sera fait de ne rien faire qui puisse offenser le Yémen.
Et hop ! J’entends déjà dire que je tombe dans ce qui se veut être une exploitation politicienne ; car ici, c'est toute la diplomatie et la ligne politique de Sambi qui s'écroule. Moi coupable d’exploitation politicienne, je n’en risque pas ; n’étant pas impliqué dans la vie politique comorienne. C’est d’ailleurs ce qui m’autorise une certaine liberté ; l’objectivité étant le seul garant de mes analyses.

La suite à venir et à lire
                                                                                                                        Darkaoui

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 23:14

Mayotte

Source: RFO Mayotte

Parution aux Editions l’Harmattan de l’ouvrage de l’ancien préfet de Mayotte Philippe Boisadam : ’Mais que faire de Mayotte ?’. Rencontre avec un ami de l’île.


 

Secretaire général de la représentation du gouvernement français  à Mayotte (entre 1976 et 1978), juste après l’indépendance des Comores (6 juillet 1975), Philippe Boisadam est revenu à Mayotte, entre 1996 et 1998, comme représentant du gouvernement au poste de préfet. L’ouvrage « Mais que faire de Mayotte ? » de Philippe Boisadam analyse la question de l’île comorienne de Mayotte de 1841 à 2000.

 Couverture de l’ouvrage de Philippe Boisadam : « Mais que faire de Mayotte ? », publié, en avril 2009, aux Editions l’Harmattan © DR


Comment avez-vous vécu le référendum sur la départementalisation de Mayotte ?

Philippe Boisadam : Comme quelqu’un qui en entend parler depuis 1976, date à laquelle j’ai découvert Mayotte comme secrétaire général de la Préfecture de Mayotte.
La France, à partir du moment où elle avait choisi, pour les raisons que j’essaie d’expliquer dans mon livre, que les réponses au scrutin pour ou contre l’indépendance des Comores serait, en 1974, décompté île par île, devait s’attendre à ce que les Mahorais réclament la départementalisation. Une consultation avait été promise par la France dès 1976. Elle fut incessamment repoussée par les gouvernements français successifs de gauche comme de droite qui ont été incapables de répondre à la question « Mais que faire de Mayotte ? ». Du reste cette question s’est posée très tôt après l’achat de Mayotte par la Monarchie de Juillet en 1841. Donc sauf à prendre une décision unilatérale, la France ne pouvait pas, un jour ou l’autre ne pas organiser ce référendum.

Que pensez-vous du choix des Mahorais ?

Philippe Boisadam : Peut-on parler de « choix » puisque seule l’option départementaliste était en jeu ? Je pense que les Mahorais, dans le contexte actuel, ne pouvait que choisir la départementalisation mais je reste persuadé qu’ils n’ont pas appréhendé les conséquences réelles que celle-ci entraînerait à un moment où, par ailleurs, comme aux Antilles et même à la Réunion, le statut de département prête à de multiples interrogations. C’est pourquoi je suis inquiet pour l’avenir.

Votre ouvrage revient en termes d’analyse sur la question de l’île comorienne de Mayotte, de 1841 à 2000. Pourquoi vous êtes-vous arrêté en l’an 2000 et pour quelle raison votre maison d’édition ne l’a-t-elle pas publié avant le référendum ?

Philippe Boisadam : Ce n’est pas de la responsabilité de l’éditeur. Il s’agit de mon choix personnel. Tout d’abord pour des raisons très pratiques. Ce livre fait plus de 500 pages. Etudier en plus la période de 2000 à 2009 aurait lourdement allongé l’ouvrage. Cette période fera sans doute l’objet d’un autre livre.


Je n’ai pas voulu que ce livre soit publié avant le référendum pour que je ne sois pas accusé d’avoir voulu influencer – si tant est que je le puisse – le choix des Mahorais.
J’ai voulu en prenant comme point de départ l’année 1841, la date à laquelle la France a acheté à Adriantsouli l’île de Mayotte, montrer qu’en définitive « l’affaire de Mayotte », pour reprendre une expression fréquemment utilisée, le représentant de la France à l’ONU disant même, en 1975, qu’il s’agissait d’une « affaire aussi dérisoire », s’est posée dès le début de la présence française dans l’île. Les Français se sont, en effet, posé très tôt la question de savoir ce qu’ils allaient faire de Mayotte surtout lorsque l’ouverture du canal de Suez a fait perdre à Mayotte son intérêt de position stratégique dans le canal de Mozambique. 


J’ai voulu aussi rétablir certaines vérités comme, par exemple, ce que j’appelle « le mythe d’une francophilie spontanée des Mahorais » en 1841 alors qu’il s’agissait de la part d’Adriantsouli, qui fut un sultan peu digne de respect, ivrogne et velléitaire, que de préserver ses intérêts personnels et pour la France que de compenser la perte de l’île Maurice, après la période napoléonienne. 


J’ai souhaité aussi analyser les responsabilités respectives des français et des Comoriens dans la gestion de ce dossier mahorais : les atermoiements des gouvernements français, les mesquineries des gouvernements comoriens, leurs maladresses, comme la déclaration unilatérale d’indépendance d’Ahmed Abdallah, les mesquineries de Saïd Mohamed Cheikh, la brutalité d’Ali Soilihi. Ni les Français ni les Comoriens n’ont voulu connaître les « états d’âme » mahorais suffisamment à temps pour y répondre raisonnablement. Le transfert de la capitale du territoire des Comores, en 1958, a précipité et renforcé ce qui deviendra l’irrédentisme mahorais. Les coups d’État ou tentatives de coups d’État aux Comores (plus d’une vingtaine), pour certains avec l’aide de la France (Bob Denard) n’ont fait que renforcer les positions mahoraises.

Pourquoi la France tient-elle tant à Mayotte ?

Philippe Boisadam : Je crois que depuis l’indépendance des Comores (1974) et même quelques années avant, la France, dans l’affaire mahoraise, a plus subi qu’agi.
Je ne pense pas que l’on puisse dire que la France « tient tant à Mayotte ». Il faut bien voir qu’il n’y a pas, comme certains le disent à l’envi, d’intérêt stratégique. La France dispose dans l’océan Indien de deux fortes positions : Djibouti et la Réunion. Elle n’a pas les moyens d’en avoir une troisième.

En outre, le lagon qui est, certes, une surface maritime très protégée peut aussi se révéler une véritable « nasse » en cas de conflit. Les stratèges militaires français l’ont du reste très vite compris. Sur le plan économique, Mayotte ne représente aucun intérêt majeur : pas de ressources minières, une agriculture moribonde, un tourisme balbutiant et toujours coûteux qui aurait de la peine à rivaliser avec ses concurrentes dans l’océan Indien : les Seychelles, Maurice. La donne pourrait seulement se modifier si on trouvait du pétrole dans les eaux mahoraises.

Enfin le développement de Mayotte pèse sur le budget français puisque l’économie mahoraise ne vit, pour le moment, en grande partie, que par transfert de la métropole (plus de 600 millions d’euros par an , somme qu’il faudra certainement doubler, voire tripler dans le cadre du département afin de réaliser ce que l’on appelle à Mayotte « le rattrapage » par rapport aux autres départements d’outre-mer et bien sûr par rapport à la Métropole.)
L’intérêt de la France pour Mayotte doit donc se trouver ailleurs : un attachement sentimental à l’outre-mer qui joua un grand rôle lors des différents débats parlementaires sur Mayotte depuis 1974, une certaine fierté nationale devant la persistance des mahorais à rester français. Pour certains –peu nombreux – une volonté de bien faire dans le développement de Mayotte afin d’éviter les erreurs commises depuis un siècle dans l’outre-mer français. On retrouve ainsi cet esprit saint simonien qui marqua les tout premiers pas des Français à Mayotte dans les années 1850.


Mais tout cela ne fait pas une histoire d’amour. Il faudra pour que l’idylle, s’il doit y en avoir une, se fonde sur d’autres références, sur d’autres valeurs comme un respect réciproque et la reconnaissance par les Français de la « Mahorité » et de la part des Mahorais l’abandon des soupçons de néocolonialisme nourris à l’égard de la France ou, à tout le moins, de certains français. Cela suppose sans doute des textes législatifs et réglementaires mais aussi et je dirai même surtout de nouveaux comportements.

Pourquoi l’État français tente-t-il de conserver son influence sur l’archipel des Comores depuis 1975 ?

Philippe Boisadam : L’océan Indien est une zone habituelle d’influence pour la France en raison de son passé colonial et compte tenu de la présence, dans l’océan Indien, du département de la Réunion. 


Il est vrai que la France s’est fréquemment impliquée dans les affaires de l’archipel directement ou indirectement sous des formes pas toujours convenables (comme dans les coups d’État ou tentatives de coups d’État). Et pourtant, durant toute la période coloniale d’administration directe (de 1841 à 1958) et d’autonomie interne (Territoire d’outre-mer) de 1958 à 1974, la France s’est peu occupée des Comores, investissant au minimum. Le seul investissement spectaculaire est, en 1974, peu de temps avant l’indépendance, l’aérodrome de Moroni, au grand dam, du reste, des Mahorais qui l’auraient voulu installé à Pamandzi.

On a souvent reproché à la France, par le biais de ce que l’on a appelé et de ce que l’on appelle toujours « la françafrique », c’est-à-dire le rôle joué par des réseaux secrets, que ce soit ceux de Foccart ou du fils de François Mitterrand, d’intervenir sournoisement dans les soubresauts comoriens. Cela est vrai pu plutôt cela le fut. Mais n’est-ce pas aussi avec la complicité très active des « partenaires » comoriens ?
La France a souvent aidé les Comores financièrement parlant et, elle compensait ainsi la totale indifférence de la communauté internationale (Union européenne-pays arabes-Etats-Unis) envers ce pays déshérité.

Comment est né le projet d’écrire un livre sur Mayotte ?

Philippe Boisadam : Je pense avoir été en poste à Mayotte à deux moments clefs de son histoire : en 1976, peu de temps après l’indépendance des Comores, après que l’île se fut administrée toute seule pendant une année (1975) avec un « préfet élu » (Younoussa Bamana) et à un moment où tout était à faire à Mayotte car il n’y avait effectivement rien ; puis en 1996 lorsque l’on a constitué des groupes de travail sur l’avenir institutionnel de Mayotte dont les conclusions ont débloqué la situation politique et conduit à cette première étape de la « collectivité départementale », en 200-2001. 1997, ce fut aussi l’année de la dissidence anjouanaise.

J’ai eu le sentiment que j’avais une dette envers Mayotte qui m’a beaucoup donné dans ma vie professionnelle et personnelle et envers ce grand ami que fut Younoussa Bamana. J’ai donc estimé que j’avais le devoir d’écrire ce que je savais de cette histoire mahoraise en replaçant les responsabilités des uns et des autres. D’où le livre « Mais que faire de Mayotte ? » que j’ai dédié à la mémoire de Younoussa Bamana.
Je sais que ce livre ne fera pas plaisir à tout le monde mais je me devais ce devoir de vérité.

Pourquoi avoir choisi les armoiries de Mayotte pour page de couverture. Que symbolisent-ils ?

Philippe Boisadam : Parce que ces armoiries symbolisent bien la volonté mahoraise. La devise « Nous sommes vigilants » traduit l’acharnement avec lequel les Mahorais ont voulu défendre leur position. Que l’on soit pour ou contre, cette ténacité mérite le respect.

On sent qu’il y avait comme une urgence à rédiger un livre sur cette île dans laquelle vous avez travaillé à plusieurs reprises. Estimez-vous que l’histoire de Mayotte soit mal connue des Français ?

Philippe Boisadam : Non, il n’y avait pas d’urgence particulière dans la mesure où l’enjeu du référendum était connu d’avance. On savait que les Mahorais se prononceraient en faveur de la départementalisation, encore qu’il faille souligner l’abstention, relativement élevée, de près de 30%, ce qui pourrait paraître surprenant.
Mais il fallait, un jour ou l’autre, dire la vérité sur la genèse de cette histoire mahoraise, chacun se renvoyant, à coup d’admonestations, les responsabilités.

C’est une évidence que l’histoire de Mayotte est mal connue des Français et je ne suis pas certain qu’elle soit totalement assimilée par tous les Mahorais. A chaque fois que l’histoire de Mayotte est abordée, elle l’est souvent par le prisme des idées toutes faites et des slogans récurrents : les accusations comoriennes contre la France néocoloniale, celles des Mahorais à l’encontre de la France accusée d’indifférence, celle de la communauté internationale qui ne cesse de redire que Mayotte est indûment « occupée ».

Or il faut aller au-delà de ces clichés faciles pour connaître les vraies motivations mahoraises. Il y a, sans doute, l’ambition, qui est légitime d’un standard de vie meilleur, ce que j’appellerai « la francophilie alimentaire » mais aussi l’aspiration à « autre chose » qui est mal définie, le souhait du maintien de l’identité mahoraise, l’attachement à l’islam, aux langues maternelles. Il fallait écrire tout cela en perspective. D’où ce livre.

S’arrêter sur un seul sujet n’a pas du être facile. Vous avez arrêté le titre sur « Mais que faire de Mayotte ? ». C’est assez explicite. Pourquoi cet intitulé ?

Philippe Boisadam : Tout simplement parce que c’est la question que la France s’est posée incessamment depuis 1841 sans savoir ni pouvoir y répondre. J’essaie dans le livre d’expliquer pourquoi, pendant plus d’un siècle, le France s’est demandée ce qu’elle ferait de Mayotte sans, du reste, voir poindre le particularisme mahorais et sa ferme expression.

La répétition de la question est donc la trame de l’ouvrage, répétée à chaque chapitre. Je crois que l’on peut encore se la poser car le fait d’avoir choisi le département ne conclut rien. Tout reste à faire. Ne serait-ce que dans la perspective du débat qui aura lieu au parlement français car le résultat du référendum n’est que consultatif. C’est aux parlementaires de décider ce que sera l’île de Mayotte et surtout, si l’on choisit la forme départementale classique, comment on l’adaptera pour éviter les effets pervers d’un tel statut qui est, je le répète, contesté aux Antilles, comme les récents événements l’ont prouvé.

Pourquoi avoir fait un choix chronologique plutôt que thématique ?

Philippe Boisadam : Afin de montrer l’enchaînement inéluctable des faits historiques, leur engrenage, leurs conséquences qui auraient pu être évitées si les acteurs de l’histoire mahoraise avaient été plus vigilants ou tout simplement plus lucides. De plus, pour montrer l’espèce de « fatalité historique » qui a pesé sur l’histoire des Comores et de l’île de Mayotte.
Le thème central de cette chronologie est la question que la France s’est posée dès 1841 en refusant d’y répondre : « Mais que faire de Mayotte ? »

Comment pourriez-vous caractériser les rapports entre les Comores et la France depuis 1841 ?

Philippe Boisadam : Soulignons le fait que les Comores en tant qu’entité politique et donc juridique ont été constituées théoriquement lorsque « Mayotte et les protectorats ont été rattachés à Madagascar puis plus fermement en 1946 quand a été créé le Territoire d’Outre-mer des Comores », enfin d’une manière plus cohérente en 1958.

Je sais que cette analyse est réfutée du côté comorien mais elle est historique. Jusqu’à la fin du XIXème siècle l’archipel des Comores était un ensemble géographique composé de plusieurs sultanats se faisant souvent la guerre, notamment entre Anjouan et Mayotte.
Au XXème siècle, jusqu’à l’indépendance en 1974, les rapports entre la puissance coloniale et le territoire des Comores furent distants, la France s’intéressant peu à l’archipel comme l’écrit Jacques Foccart dans ses « Mémoires ».

Néanmoins, le lien entre la France et les Comores resta emprunt d’un rapport d’ « amour-haine » classique. Il est regrettable que la France n’ait pas cherché à mieux comprendre les Comores et en particulier Mayotte. Bien des malentendus auraient pu être évités.

Les Comores continuent à défendre l’unité territoriale de leur archipel s’appuyant sur le droit international quand bien même les Mahorais ont choisi de s’ancrer définitivement dans la République française. Comprenez-vous la position des autorités comoriennes ?

Philippe Boisadam : Les Comores peuvent difficilement faire autrement que de « défendre l’unité territoriale de leur archipel » ne serait-ce que pour des raisons de cohérence nationale, le thème de Mayotte « quatrième île comorienne » étant nécessairement aisément entendu et partagé dans la population comorienne.

Néanmoins, il serait souhaitable que les Comoriens s’interrogent sur leur part de responsabilité dans cette « affaire de Mayotte ». Ont-ils toujours entendu les réclamations mahoraises ? Ont-ils toujours compris les frustrations mahoraises ? Ont-ils bien évalué l’impact que pouvait avoir le transfert à Moroni de la « capitale » du territoire des Comores alors que depuis un siècle Dzaoudzi était le centre actif de l’archipel ?

Ont-ils pu apprécier les conséquences des mesquineries de Saïd Mohamed Cheikh sup primant par exemple l’achat d’une barge entre la Petite et la Grande Terre ?
Il aurait fallu que les Comores soient attractives pour que les Mahorais aient eu l’envie de demeurer ancrés au pouvoir de Moroni. Il aurait aussi fallu que soit mis en place très tôt, sans doute dès l’indépendance, un fédéralisme accueillant.

Enfin, comme je l’ai déjà dit, les coups d’État successifs, la dégradation de la vie économique, l’absence, pendant de longues années, de vie démocratique réelle, tout cela ne pouvait que rendre méfiants les Mahorais.
En ce qui concerne la référence au droit international, nous savons bien que les Mahorais arguent d’exemples nombreux que je cite dans mon livre selon lesquels c’est le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qui a prévalu.

Aujourd’hui aux Comores des voix s’élèvent pour remettre en cause les relations privilégiées entre Moroni et Paris. L’entrée dans le jeu diplomatique comorien d’acteurs et de nouveaux partenaires comme la Chine, l’Iran, le Soudan, la Tanzanie, la Lybie et encore de nombreux pays du golfe arabo-persique atteste que quelque chose a changé. La départementalisation de Mayotte ne risque pas d’arranger les choses. Selon vous comment Comoriens et français peuvent-ils travailler au mieux et ménager leurs intérêts communs ?

Philippe Boisadam : Si les pays que vous évoquez permettent aux Comores à relever son niveau de vie, à mettre en œuvre un développement qui ne soit pas dépendant de l’extérieur, à faire vivre une réelle démocratie, je pense que la France devrait s’en réjouir. Cela ne semble pas le cas cependant pour le moment, au-delà des déclarations de principe, toutes généreuses mais pas toujours suivies d’effets concrets. Quant à la vie démocratique, on peut s’interroger sur les exemples que vous donnez.

La France et les Comores ne pourront, je pense, jamais abolir la longue période de leur histoire vécue en commun, même si la France n’a pas su accorder aux Comores la part convenable qui aurait dû lui revenir dans l’ensemble ultra marin.
Le rôle de la France – mais le peut-elle ? – est d’aider les Comores à, par exemple, créer à Anjouan des infrastructures sanitaires convenables qui éviteront aux anjouanaises de risquer leur vie pour venir accoucher à Mamoudzou.

Je le répète : c’est parce que les Comores ne sont pas attractives tant économiquement que du point de vue démocratique et social que les Mahorais n’ont eu aucune envie de revenir dans le giron comorien.

Ceci dit, il est évident que le choix de la départementalisation rend les rapports avec les Comores plus difficiles pour la France, d’autant plus qu’il est clair que l’immigration dite clandestine entre Anjouan et Mayotte ne fera que s’accentuer au fur et à mesure où se développera l’île.
Malheureusement je crains que la France n’ait pas les moyens d’aider d’une manière significative les Comores pour que le standard de vie de ce pays rattrape celui de Mayotte. Rappelons qu’à l’heure actuelle le PIB mahorais est neuf fois supérieur au PIB comorien.

Il est donc impératif que la communauté internationale se penche plus sérieusement sur la situation comorienne et apporte un soutien important. Sans lui, la disparité entre les Comores et Mayotte ne fera que s’accentuer.

L’influence française n’est-elle pas menacée par ce nouveau jeu de chaises musicales ?

Philippe Boisadam : Que l’influence française ne soit plus omnipotente aux Comores ne me gêne pas. Bien au contraire. La France s’est trop souvent occupée des affaires comoriennes dans des conditions parfois douteuses. Un désengagement à cet égard ne me semblerait que positif.

Y a-t-il vraiment une relation exclusive entre Mayotte et la France ?

Philippe Boisadam : On ne pourra jamais réfuter le fait que l’histoire de Mayotte, ses racines religieuses, culturelles s’inscrivent profondément dans cette zone de l’océan Indien. Pas seulement avec les Comores mais aussi avec l ’Afrique et Madagascar.

Le lien avec la France ne doit donc pas être exclusif, possessif si j’ose dire sectaire. Bien au contraire, Mayotte doit s’ouvrir sur son environnement. La question fondamentale est de savoir si la forme du département le lui permettra. C’est pourquoi le chantier qui reste à ouvrir, entre autres considérations, doit évoquer ce problème. Trouvera-t-on la solution adéquate ? Je l’ignore. La question s’est posée aux Antilles. Il a été démontré que le département, à cet égard, était un carcan et c’est pourquoi – entre autres raisons – de nombreux Antillais et Réunionnais ont demandé son évolution.

On aurait pu saisir, à Mayotte, l’occasion de la consultation pour trouver une forme juridique qui eût permis plus aisément ce type d’adaptation. Cela n’a pas été fait car on a voulu répondre à la demande pressante des Mahorais qui souhaitaient un, ancrage juridique sûr dans la république française, tous les autres régimes que le département étant considérés par eux comme précaires et réversibles.

Qu’est-ce que l’irrédentisme mahorais ?

Philippe Boisadam : Mais tout simplement une volonté farouche, exprimée dès 1975, de rester dans l’orbite française pour échapper au giron comorien. Les atermoiements français, les erreurs comoriennes ont progressivement transformé cette volonté qui n’était que naissante dans les années 1960 en une détermination de roc. D’où le terme d’irrédentisme. Il a « surdéterminé » la politique mahoraise pendant trente années en occultant, malheureusement, les vrais problèmes que l’on n’a pas eu le courage d’aborder comme celui de la préservation de l’entité mahoraise. On aurait certainement pu faire autrement.

Votre livre est un pavé dans la mare en ces temps de réjouissances départementalistes. Ne craignez-vous pas d’être taxé d’anti-mahorais et d’aller à l’encontre des intérêts français dans la région. En somme d’être attaqué de toutes parts ?

Philippe Boisadam : Pourquoi parler de « pavé dans la mare » ? Qui pourrait supposer que je sois « anti mahorais » et que je vais « à l’encontre des intérêts de la France dans la région » ? Je pose un certain nombre de questions quant à l’avenir de Mayotte après avoir essayé d’analyser pour quelles raisons il y a eu une « affaire de Mayotte ». Je tente d’identifier les responsabilités qui ne sont pas uniquement celles d’un camp ou d’un autre. Je rappelle des faits qui sont objectifs depuis 1841.

Arrêtons à Mayotte de cultiver « la pensée unique » qui répartit d’une manière manichéenne : ceux qui sont pour la départementalisation, ceux qui sont contre, ceux qui sont pour les Comores, d’autres qui ne veulent pas entendre parler de leurs voisins. Ce sont ces schémas simplistes qui ont obéré ce qui aurait dû être un débat ouvert, franc, loyal exhaustif. Si mon livre peut susciter des interrogations et surtout des réponses j’en serais heureux. Ce n’est pas « un pavé dans la mare », c’est une brique dans l’édifice futur de Mayotte qui reste à construire.

Dans votre livre personne n’est épargné (autorités comoriennes, mahoraises et encore moins françaises). Quel est le message essentiel de votre livre ?

Philippe Boisadam : Si vous lisez ce livre avec attention vous constaterez que je m’efforce de dresser un portrait nuancé des acteurs de l’histoire franco-comoro-mahoraise.

La réalité est en effet complexe et personne n’est tout à fait blanc ou tout à fait noir, si je puis utiliser cette image. Il y a aussi des personnalités qui se dégagent dans cette chronologie comme celle de Younoussa Bamana ou de ministres français en charge de l’outre-mer qui ont fait preuve de lucidité, de courage et de franchise à l’égard des mahorais, comme les ministres Le Pensec et Queyranne. Je souligne le rôle joué par des acteurs importants de l’histoire mahoraise comme Marcel Henry ; Henri Jean-Baptiste, Jean-François Hory et Mansour Kamardine, en dépit, pour ce dernier, de ses agissements à l’égard de Younoussa Bamana que je ne saurais oublier.

Le message essentiel de mon livre est que depuis 1841 la France n’a pas voulu ou n’a pas su définir l’avenir qu’elle entendait donner à Mayotte et cela jusqu’à l’indépendance des Comores en 1974.

C’est aussi l’irresponsabilité des autorités comoriennes successives qui n’ont fait qu’attiser le particularisme mahorais et rendu de plus en plus irréductible la volonté de Mayotte de rester française. C’est aussi le fait que l’irrédentisme départementaliste a presque totalement annihilé tout débat réellement ouvert avec la population mahoraise dans ses profondeurs sur l’essentiel de son devenir : son identité, la place de la religion, sa culture, son enracinement africain et régional. On a voulu enfermer, sous une apparence de concertation, l’essentiel des interrogations dans un schéma simpliste : pour ou contre la départementalisation.
Il est peut-être encore temps d’ouvrir un vrai débat.

Vous aimez beaucoup Mayotte et vous semblez craindre pour son avenir, notamment que la départementalisation n’engendre « une assimilation brutale, une perte de l’identité mahoraise et des frustrations culturelles et religieuses qui aboutiraient à un raidissement ».

Philippe Boisadam : Oui j’aime Mayotte et les Mahorais. Mayotte m’a beaucoup donné et j’y ai vécu des moments importants de ma vie personnelle et professionnelle. Aimer, c’est dire la vérité. C’est ce que je tente de faire dans ce livre. Oui je suis inquiet pour l’avenir de Mayotte. Je crains effectivement que la France ne réitère à Mayotte les erreurs qu’elle a pu faire dans ses territoires d’outre-mer et qui provoquent les événements que nous venons de vivre aux Antilles.

Je crains que les revendications qui ne manqueront pas de s’exprimer rapidement ne dégénèrent d’une manière violente, toujours dans la perspective de ce rattrapage dont on parle tant dans l’île. Je redoute que la France n’ayant pas les moyens de répondre rapidement à ces revendications se trouve en porte à faux.

Oui j’ai peur que si l’on applique à Mayotte un développement qui ne soit pas fondé sur une reconnaissance des spécificités mahoraises (religion-culture-histoire-coutumes etc..) on n’aboutisse à des réactions, elles aussi violentes et, petit à petit à un processus de rejet. Les événements de 1993 peuvent, à tout moment, être revécus. Enfin je crains que les métropolitains qui viennent à Mayotte ne modifient pas leur comportement et continuent à se comporter comme des « expatriés ». Ne trouvez-vous pas étrange que l’on continue à utiliser cette expression pour des Français qui vivent dans une île se voulant résolument française ? Pour ma part, je ne l’ai jamais admis.

Par ailleurs, il faut que les Mahorais comprennent l’âme française. On parle de « Mahorité » certes mais il a aussi la « Françitude » si vous me pardonnez ce néologisme. La synthèse entre la culture mahoraise et la culture française, je l’ai rarement trouvée à Mayotte sinon chez Younoussa Bamana comme je le précise dans le passage que je lui consacre. Cette synthèse ne se fera que dans un respect mutuel. Je pense que nous en sommes encore loin.

Quel rapport entretenez-vous avec l’actuelle collectivité départementale française en passe de devenir département ?

Philippe Boisadam : Je n’ai plus de rapport avec la collectivité en tant qu’institution. Par contre, j’ai encore à Mayotte de nombreux amis qui me font l’honneur de reconnaître que j’ai beaucoup donné à Mayotte à des moments difficiles de son histoire.

Que saviez-vous de cette île de Mayotte et de l’ensemble de l’archipel avant de venir y travailler comme secrétaire général de la représentation du gouvernement entre 1976 et 1978 ?

Philippe Boisadam : Je n’en savais pas grand-chose et ma connaissance de Mayotte, des Comores passait par le prisme habituel des clichés. C’était le cas de tous ceux qui sont venus à Mayotte en 1976. J’ai tout découvert en arrivant en 1976.

Quelle est la particularité de ce territoire d’outre-mer, selon vous, par rapport aux autres ?

Philippe Boisadam : Ce qui m’a frappé en 1976, c’est l’isolement de Mayotte qui ne s’inscrivait plus dans les chemins maritimes de grand passage.
Mayotte est marquée par une étonnante alchimie entre les influences africaines, malgaches et à un moindre degré arabe. Je suis surpris quand la Ligue arable déclare, comme elle vient de le faire, que « Mayotte est un pays arabe occupé » !
Je suis aussi frappé par la prégnance toujours très forte de l’animisme qui influence la pratique de l’islam mais aussi toute la vie sociale sur laquelle sont venus se plaquer brutalement des schémas européens.
La colonisation française n’a laissé que peu de traces profondes à Mayotte contrairement à d’autres territoires d’outre-mer.

Quelle est la chose qui vous a marqué le plus lorsque vous avez mis les pieds pour la première fois à Mayotte ?

Philippe Boisadam : C’est incontestablement la beauté des paysages et aussi la grande sympathie que la population mahoraise nous a réservée. Il n’y avait pas ces arrière-pensées qui obèrent les relations actuelles entre les « M’Zoungous » et les Mahorais.
Mais c’est aussi l’immense dénuement dans lequel se trouvait Mayotte. Lorsque je suis passé à la Réunion avant de prendre le Transall qui m’a conduit à Mayotte, j’ai rencontré Michel Debré, l’ancien Premier ministre qui était député de l’île de la Réunion. Il m’a dit « Vous allez avoir honte de notre pays ». Il avait raison ! La France et le territoire des Comores, aux mains de Moroni, n’avaient pas fait grand-chose pour Mayotte. Comme le répétait souvent Younoussa Bamana : « Il n’y avait rien ».

En quoi consistait votre fonction de secrétaire général de la représentation du gouvernement français ?

Philippe Boisadam, ancien préfet de Mayotte © DR

Philippe Boisadam : Cette fonction de secrétaire général est classique dans le cursus préfectoral français. Le secrétaire général est le collaborateur le plus proche du préfet. Il le remplace en cas d’absence ou d’intérim. Mais la situation , n’avait rien à voir avec ce schéma .en 1976 à Mayotte.

Certes, j’étais bien le numéro 2 de la hiérarchie administrative auprès de Jean-Marie Coussirou, le premier préfet, mais l’ampleur des tâches était telle que tous les membres de la petite équipe qui entourait le préfet devaient mettre la main à la pate. Je me rappelle avoir contribué au déchargement de navires (avec des boutres), avoir fait remettre en état les cimetières, mais aussi avoir crée la Société immobilière de Mayotte, la Caisse de Prévoyance sociale, commencé à introduire en Grande Terre l’électricité, organiser le ramassage des ordures etc.. La liste serait longue.

Nous étions des pionniers et accomplissions notre mission avec enthousiasme, en parfaite symbiose avec les Mahorais.
Il faudra qu’un jour je décrive les conditions dans lesquelles nous avons préparé la rentrée scolaire d’octobre 1976 sans aucune base juridique (le statut de collectivité territoriale n’a été votée qu’en décembre), sans classes, sans maîtres. Lorsque j’entends certains dire qu’il aurait fallu en 1976 faire venir massivement des maîtres de métropole, je souris car où les aurions-nous logés ? Et comment les aurions-nous trouvés en quelques semaines alors que nous avions eu toutes les peines du monde à trouver des collaborateurs, comme Jean-François Hory volontaires pour ce qui était quand même une « aventure » ?
Notre travail a été, pendant deux ans, de mettre en place les embryons d’une administration, faire venir des médecins, des ingénieurs et trouver des crédits alors que la France ne savait évidemment pas ce qu’elle allait faire de Mayotte.

Quel lien entreteniez-vous (l’État français) avec les autorités comoriennes dont feu le premier président des Comores Ahmed Abdallah ?

Philippe Boisadam : Il n’y avait plus de relations officielles entre la France et le nouvel État des Comores depuis la déclaration unilatérale d’indépendance de 1974. J’ai vécu en 1976-1978 la période tumultueuse de la vie politique comorienne : le coup d’État par Ali Soilihi, l’éviction d’Ahmed Abdallah, la mort d’Ali Soilihi (son assassinat par les mercenaires de Bob Denard), le retour d ’Ahmed Abdallah.

Nous sommes alors dans la seconde moitié des années 70. Djibouti et les colonies portugaises sont en train d’être décolonisées, les Comores aussi. Sauf, que les choses semblent plus compliquées. Quelle est l’atmosphère politique du moment dans ces îles localisées entre Madagascar et l’Afrique de l’Est ?

Philippe Boisadam : Mais l’atmosphère politique pour reprendre votre expression était bien à la décolonisation. Dans les années 1970, la France avait pris conscience que l’indépendance des Comores était inéluctable. Des négociations en ce sens avaient été ouvertes qui auraient dû aboutir, si elles avaient été bien menées de part et d’autre, à la constitution d’un État réellement fédéral où Mayotte aurait peut-être pu prendre sa place. Il n’en a rien été.

Les positions se sont rapidement crispées. Et Ahmed Abdallah a précipité les choses en déclarant unilatéralement l’indépendance, essentiellement pour des raisons de politique intérieure, comme je l’analyse dans mon livre.

A partir de ce moment la situation s’est évidemment tendue non seulement avec les Comores mais avec les pays de la zone de l’océan Indien concernés. C’est ainsi que les Malgaches ont, pendant plusieurs mois, interdit le survol de leur territoire aux avions venant de la Réunion en direction de Mayotte. On mettait alors près de 7 heures pour faire le trajet dans des Transall.

Quelle est alors la position officielle de l’Etat français sur la décolonisation des Comores, notamment la position du général Charles de Gaulle (avant sa disparition en 1970), de Georges Pompidou et de Valéry Giscard d’Estaing et plus tard de François Mitterrand, de Jacques Chirac ?

Philippe Boisadam : Si je comprends bien votre question, vous voulez me faire préciser les positions prises par la France et les chefs de l’État successifs au regard de l’indépendance des Comores et de l’affaire de Mayotte. C’est l’objet d’une grande partie de mon livre.

Ce qu’il faut retenir, c’est que les chefs de l’État français et leurs gouvernements ont constamment louvoyé, atermoyé, partagés entre le désir de voir Mayotte retourner aux Comores et celui de satisfaire cette francophilie mahoraise exprimée bruyamment. Jusqu’en 1986, les gouvernements français ont caressé l’espoir que l’on pourrait trouver une solution permettant la réintégration de Mayotte dans l’ensemble comorien. Il y a eu des tractations secrètes avec Moroni en ce sens. La gauche notamment, les socialistes et surtout les communistes, étaient farouchement hostiles au maintien de Mayotte dans la République française et, à fortiori, sous la forme d’un département.

Ces hésitations expliquent que l’on a attendu pour répondre à la question : Mais que faire de Mayotte ? Vouloir penser qu’il y a eu de la part de la France une volonté secrète de se maintenir à Mayotte est absurde. Il faut regretter, bien évidemment, cette absence de volonté et que l’ont ait tant menti aux Mahorais.

En quoi la position du président Nicolas Sarkozy sur la question de Mayotte est-elle différente si tant est qu’elle l’est ?

Philippe Boisadam : Il faut admettre que le président français actuel et son gouvernement ont permis que la consultation des Mahorais sur la départementalisation ait lieu encore qu’ils aient été liés par l’accord de 2000-2001. Ceci dit, il conviendra de voir ce que sera ce département et dans quels délais il prendra forme. C’est le débat de fond que j’évoque dans mon livre. Il faut néanmoins créditer le président Sarkozy et son gouvernement de ne pas donner, pour le moment, le sentiment de biaiser avec les aspirations mahoraises.

Lorsque vous travailliez comme secrétaire général de la représentation du gouvernement français quelles sont les personnalités marquantes de l’archipel et pourquoi ?

Philippe Boisadam : J’ai bien connu l’équipe militante du Mouvement Populaire Mahorais et je suis témoin de l’ardeur avec laquelle elle a défendu le maintien de Mayotte dans la République française alors qu’il était éminemment menacé. Une personnalité se dégage toutefois dans mon souvenir. Je l’ai déjà dit : c’est celle de Younoussa Bamana pour qui j’avais estime, admiration et amitié. Il a su par la richesse de son tempérament, son sens de l’humour, sa grande lucidité donner à la cause mahoraise une authenticité qui aurait pu être contestée s’il n’avait pas été présent.


Il était pour la départementalisation mais il savait être conscient des limites d’une telle aventure. Il connaissait les défauts des Mahorais et les leur disait. Il parlait franc aux représentants de l’État français, ministres et préfets. Il n’hésitait pas à s’engager personnellement pour inciter les jeunes à plus de responsabilisation. Il stigmatisait la politique de la main tendue, la jugeant indigne. Il a été l’honneur de Mayotte. 


Je ne souhaite pas faire ici l’énumération des personnalités mahoraises qui ont marqué cette époque car je le fais dans mon livre et je ne voudrais pas apparaître comme trop sélectif !
En ce qui concerne les Comores, j’ai été curieux de l’expérience qu’Ali Soilihi a tentée, mais d’une manière maladroite et, en tout état de cause, trop autoritaire. Ce fut certainement le chef d’État comorien le plus intelligent. Il est dommage qu’il ait cédé à la mégalomanie.

Quels sont les réseaux politiques français les plus influents à Mayotte ?

Philippe Boisadam : Il faut tout d’abord dire que les clivages politiques métropolitains n’ont pas, à Mayotte, une grande signification. On a vu, tout au long de l’histoire mahoraise, des alliances étonnantes comme celle par exemple qui vit, en 1999-2000, s’unir dans un même front anti MPM les socialistes et le RPR. Les querelles de personnes, la quête des postes l’emportent malheureusement souvent sur les débats d’idées. 


Quand, dans les statistiques du Ministère de l’Intérieur, à l’issue de chaque consultation, on peut lire que tel ou tel élu se voit attribuer l’étiquette « divers gauche » ou « divers droite », cela est risible. Car que veut dire « divers gauche » ou « divers droite » à Mayotte ?
On parle d’un mouvement gaulliste à Mayotte mais entendez-vous les soi-disant gaullistes parler du général de Gaulle ?


Par contre, il est évident que les grands partis métropolitains jouent un rôle dans le financement des campagnes électorales. C’est en partie parce que Younoussa Bamana n’avait le soutien d’aucun parti national qu’il a échoué aux sénatoriales de 2004. Les Mahorais ont été ingrats. Je le regrette.
Il faut espérer qu’un jour puisse naître et se développer à Mayotte une conscience politique spécifique avec sa traduction dans des partis authentiquement mahorais. Mais lisez mon livre vous verrez combien durant ces trente années les alliances se sont nouées et défaites sans que l’on ne comprenne bien mes motivations idéologiques.

Dans votre mission à Mayotte qu’est-ce qui vous apparaissait le plus difficile à gérer ?

Philippe Boisadam : Tout dépend de la période dont vous parlez. En 1976 c’était l’impérieuse nécessite de faire face sans moyens, sans liaisons extérieures aisées, à l’essentiel. 


En 1996-1998 la difficulté était de faire prendre conscience aux Mahorais de l’enjeu que représentait leur devenir. Nous avons essayé, dans le cadre du groupe de réflexion local sur l’avenir institutionnel de Mayotte, en 1997, d’inciter à cette prise de conscience. Il est, du reste, regrettable que des responsables politiques mahorais aient, à ce moment là, boudé cette réflexion tout en s’y référant néanmoins quand il s’est agi de faire, par exemple, voter la loi interdisant la polygamie.

Vous entreteniez une relation amicale profonde avec le politicien mahorais feu Younoussa Bamana. Qui était-il ? Quelle vision avait-il de Mayotte (dans l’ensemble français) ?

Philippe Boisadam : J’ai déjà exprimé mes sentiments à l’égard de Younoussa Bamana sans qui, je crois, l’affaire mahoraise n’aurait pas évolué comme elle le fait actuellement. Ce qui le caractérisait c’était sa lucidité tant à l’égard de ses compatriotes mahorais, de l’islam et sa pratique, des Comoriens (surtout Anjouanais) que des Français. Il voulait que Mayotte reste dans la République française mais pas au sacrifice de son âme. C’est principalement pour cette raison que je lui ai dédié le livre que je viens de publier.

A Mayotte les « chatouilleuses » sont plus qu’un mythe. Quel regard aviez-vous sur ces femmes et selon vous qu’ont-elles apporté à Mayotte ?

Philippe Boisadam : Je rappellerai tout d’abord qu’en 1976, tout au moins à partir dfe Juillet 1976, il n’y avait plus de « chatouilleuses » à Mayotte. La France ne l’eût pas permis.
On a beaucoup exagéré à des fins politiciennes anti- mahoraises la cruauté de ces femmes. On a même parlé de « tortures ». Il n’en est évidemment rien. J’en parle dans mon livre. Ce furent des femmes remarquables par leur ténacité, comme Zeina M’Déré ou Zeina Méresse.

Elles ont agi avec conviction que même ceux qui n’ont pas été d’accord avec elles reconnaissaient. Elles n’ont pas revendiqué de carrières politiques, de places. Zeina M’Déré, quand je l’ai revue en 1996 vivait chichement. Elles eurent et elles ont toute mon admiration.

Quel regard aviez-vous sur le conflit opposant les « Serrez la main » aux « Soroda » ?

Philippe Boisadam : La France et ses représentants n’avaient pas à prendre parti. Ils avaient pour mission de faire respecter l’ordre public et de tenter, modestement et très lentement, de faire vivre une vie démocratique par le biais des élections.

Vous revenez travailler à Mayotte comme préfet, représentant du gouvernement entre 1996 et 1998, que ressentiez-vous en retrouvant Mayotte vingt ans après ?

Philippe Boisadam : Je rappellerai une anecdote : lorsque je suis revenu à Mayotte en 1996 j’ai dit spontanément que je venais y retrouver une partie de mon âme que j’avais laissée en 1976. Au risque de faire sourire, j’ai eu le sentiment de rentrer chez moi. Bien sûr beaucoup de choses avaient changé. Mayotte n’était plus celle que j’avais connue vingt ans plus tôt. 


L’atmosphère s’était modifiée. Les relations entre métropolitains et Mahorais n’étaient plus les mêmes. On avait importé à Mayotte les ambiances classiques de l’outre-mer français. Fort heureusement, il y avait des prémices d’espoir : l’éveil, timide, d’une vie politique, une jeunesse – qui n’avait pas connu l’époque héroïque – qui revendiquait sa place, un syndicalisme responsable mais aussi une immigration dite clandestine de plus en plus forte.

Quelle différence y a t il entre votre travail : de secrétaire général de la représentation du gouvernement- français à l’époque et celui de préfet, représentant du gouvernement ? En quoi consiste votre mission dans ces années-là ?

Philippe Boisadam : Lorsque je suis revenu à Mayotte comme préfet, je me suis trouvé à un poste de responsabilité important, en première ligne avec de grands pouvoirs bien plus grands que ceux de mes collègues de métropole puisque la tutelle préfectorale sur les actes du Conseil général et des Communes était une tutelle quasi absolue. Un journaliste, Zaidou Bamana, m’avait même appelé dans le journal Kwezi « le gouverneur ». Je n’ai jamais su si cela était une critique ou un compliment ! J’avais à mes côtés deux secrétaires généraux et un directeur du cabinet. 


Ma mission, je me la suis définie moi-même car, aussi étrange que cela puisse paraître, je suis parti de Paris sans consignes particulières. J’ai pensé qu’il fallait certes poursuivre le développement de Mayotte. C’ est ainsi que j’ai voulu donner un coup de fouet aux équipements publics : écoles, administrations (c’est ainsi qu’a été déménagée en Grande terre la direction des finances installée dans des conditions sordides à Dzaoudzi près de la « résidence préfectorale », qu’ont été créés le bâtiment des archives, celui des affaires maritimes, que le préfecture a été agrandie etc.…C’est à cette époque que la retenue collinaire de Combani a été ouverte, ainsi que l’unité de dessalement à Pamandzi. 1998 a été la première année depuis longtemps où il n’y a plus eu de coupures d’eau.
Mais je ne veux pas faire ce que d’aucuns pourraient considérer comme le panégyrique de mon action. 


Je veux retenir ce qui me semble le plus important : faire prendre conscience aux Mahorais de ce qui fait leur authenticité j’ai tenté de promouvoir les langues maternelles le shimaore, le kibushi, j’ai souhaité donner sa place à l’islam mais je me suis heurté à bien des oppositions. J’ai animé le groupe de travail sur l’avenir institutionnel de Mayotte dont je parle longuement dans mon livre. Ce fut un moment important bien que je regrette qu’il n’ait pas été plus large au sein de la population. Je souhaitais que les Mahorais prenne en main leur destin tout leur destin, pas seulement le seul slogan politique : « départementalisons ».

En 1994/1995 apparaît le « visa Balladur » qui ne permet plus la libre circulation entre les ressortissants des quatre îles de l’archipel (Anjouan-Mohéli-Mayotte et Grande Comore). Ce visa est à l’origine de milliers de morts entre Anjouan et Mayotte et consacre les citoyens de L’Union des Comores en « immigrés clandestins ». Que pensez-vous de ce visa ?

Philippe Boisadam : A l’époque, il correspondait à une très forte demande des Mahorais qui voyaient leur île, disaient-ils, « envahie » par des non Mahorais, principalement des Anjouanais. Ce fut donc une nécessité politique. Si cette décision n’avait pas été prise, on aurait assisté à Mayotte à des actions violentes à l’encontre de ces Anjouanais qui, c’est vrai, tentent de venir à Mayotte en risquant leur vie dans des conditions scandaleuses qui profitent à quelques « passeurs » exploiteurs de la misère humaine. 


Mais il faut se demander pourquoi cette « immigration clandestine » ? La réponse est évidente : ce sont les conditions de vie que connaissent les intéressés qui les poussent à quitter leur île natale. La solution passe donc non pas dans la suppression du contrôle de l’immigration mais dans l’aide massive au développement de l’île voisine. Malheureusement, je crains que la France seule n’en ait pas les moyens et je doute de la volonté des autres pays à l’accompagner dans cet effort, que ce soit l’Union européenne où les pays en principe « amis des Comores », comme les pays arabes. 


Plus Mayotte se développera, plus la pression migratoire se fera forte ? Je pourrais, mais je ne cèderai pas à cette facilité, citer Michel Rocard et sa célèbre phrase « La France n’a pas vocation a accueillir toute la misère du monde ». Mais c’est un peu cela. Toutefois, il faudrait d’urgence mettre un terme au massacre effroyable que constituent les traversées entre Anjouan et Mayotte. Le renforcement des contrôles, l’accroissement des moyens de surveillance (vedettes, radars) ne pourront pas arrêter ce flux de la misère. Seul l’aide au développement le permettrait.

 Younoussa Bamana, l’un des pères de l’anti-indépendance et de la départementalisation de Mayotte et son ami l’ex-préfet de Mayotte Philippe Boisadam© Philippe Boisadam Vingt ans sont passés. Les Comores voisines peinent à trouver leur vitesse de croisière et l’instabilité institutionnelle devient à partir de ces années-là quasi chroniques. C’est notamment le début en 1997 du séparatisme à Anjouan. Certains leaders séparatistes vont jusqu’à demander le rattachement d’Anjouan avec la France. Comment vivez-vous ces événements de Mayotte ?

Philippe Boisadam : J’étais effectivement à Mayotte comme préfet quand ont commencé les événements d’Anjouan que j’évoque aussi dans mon livre.
Certains ont accusé la France d’être, en coulisses, un des acteurs de ce séparatisme anjouanais. Soyons sérieux : ce n’est pas parce que quelques nostalgiques de la colonisation ont frayé avec les séparatistes d’Anjouan, certains venant de la Réunion, d’autres de Mayotte que la France – qui plus est à l’époque la France socialiste – se serait compromise dans un tel bourbier alors qu’elle avait déjà les plus grandes peines à gérer le dossier mahorais ! 


Le sentiment qui a donc prévalu à cette époque fut un grand embarras d’autant plus que Mayotte se trouvait indirectement concernée par l’arrivée accrue d’Anjouanais qu’il fallait, pour certains, soigner en les protégeant de la vindicte mahoraise.

Aujourd’hui encore, on entend, ici et là, que les habitants de l’archipel des Comores sont incapables de s’entendre. Vous qui les avez côtoyés de près, partagez-vous cet avis ? Les Comores indépendantes et Mayotte département français, n’est-ce pas une relation impossible ? Quelles relations les Mahorais et autres ressortissants de l’archipel des Comores doivent-ils avoir ?

Philippe Boisadam : Le moins que l’on puisse dire c’est que l’histoire de l’archipel des Comores depuis près de deux siècles est marquée par les rivalités. C’est en raison de celles-ci qu’Adriantsouli a vendu Mayotte à la France afin d’échapper à la tutelle anjouanaise. C’est, en partie, parce que les Anjouanais et les Comoriens avaient des comportements considérés par les Mahorais comme hégémoniques que ceux-ci ont voulu s’en affranchir. C’est bien parce que les Anjouanais protestaient contre la tutelle de la Grande Comore qu’ils ont, en 1997, fomenté leur soulèvement séparatiste. Ces faits ne sont-ils pas indiscutables ? Certes, pour les expliquer on a voulu, classiquement, trouver une explication dans les « menées étrangères » et, bien évidemment on a accusé la France. Mais l’explication était trop facile. 


L’unité des Comores se confirmera lorsque chacun trouvera dans l’Union sa juste place et lorsque les richesses seront réparties équitablement. Tant que cette équation ne sera pas résolue, les tensions persisteront.
Quant aux relations de Mayotte – et derrière elle de la France – avec les Comores, il est évident que la départementalisation de l’île ne facilitera pas le dialogue surtout, comme je l’ai déjà dit, si le hiatus de standard de vie entre les trois îles et la quatrième s’accentuent.
Encore une fois- au risque de me répéter – seule une aide massive aux Comores sera de nature à réduire la distance et donc à faciliter les relations. Les Mahorais sont ancrés dans une réalité régionale très ancienne, que ce soit au plan religieux ou à celui de la culture, des coutumes, de la vie sociale. Il s’agit d’un fait d’évidence dont on ne peut pas ne pas tenir compte.

Vous dites dans votre livre que c’est la recentralisation au profit de Moroni en Grande Comore au détriment de Dzaoudzi-Mayotte qui va permettre la création d’une opposition mahoraise, du séparatisme mahorais avec l’émergence du Mouvement Populaire Mahorais (MPM). Aujourd’hui, on distingue les Mahorais des Comoriens et une opinion tenace voudrait que ces deux blocs ne puissent s’entendre. Quel est votre avis ?

Philippe Boisadam : Oui le transfert de la « capitale du territoire des Comores » en 1958 de Dzaoudzi à Moroni a été le catalyseur du séparatisme mahorais. Je dis dans mon livre : imaginons que la capitale des Comores ait été confirmée à Dzaoudzi – ou plutôt à Pamandzi – ne croyez-vous pas que les choses auraient pu être tout autres ?
Ce sont aussi les conséquences de cette centralisation à Moroni qui ont nourri la colère mahoraise : les mesquineries à l’égard de Mayotte, l’accaparement des flux commerciaux, celui des terres (à l’instar d’Ahmed Abdallah et de son domaine de Dzoumogné) etc

Si les conditions économiques principalement devaient s’améliorer aux Comores, si l’Union devenait une entité forte porteuse d’un projet, si une réelle vie démocratique s’y installait, il n’ y aurait pas de raison pour que Mahorais et Comoriens ne puissent pas dialoguer car, je l’ai répété, ils ont en commun de nombreuses racines.
Il n’est cependant pas certain que cette perspective soit proche bien qu’à titre individuel les Mahorais et les Comoriens ont encore, entre eux, de multiples passerelles, ne serait-ce que celles nouées au sein de liens familiaux. N’y a t-il pas de nombreux Mahorais, y compris des élus, qui font le voyage d’Anjouan et de Grande Comore ? La dernière fois que je suis passé à Moroni, en 2004, j’y ai rencontré plusieurs élus mahorais qui avaient l’air heureux de leur présence en Grande Comore. Quel est le Mahorais qui n’a pas un parent ou un ami dans l’une des trois autres îles ?

Avez-vous suivi les huit dernières années de l’existence de Mayotte et comment voyez-vous l’avenir de Mayotte ?

Philippe Boisadam : Oui bien sûr, j’ai suivi les huit dernières années de l’existence de Mayotte où je suis retourné comme je le disais précédemment en 2004.
Je me répète : la consultation du 29 mars qui peut être considéré par certains comme l’aboutissement d’un combat de plusieurs décennies, ne règle rien. Tout est à faire. Les Mahorais doivent en prendre conscience et ne pas se polariser uniquement sur ce « rattrapage » qui n’est que l’épiphénomène de questions beaucoup plus graves. Qu’ils organisent eux-mêmes le débat et que la jeunesse ne le laisse pas capter par une minorité de personnes, certes respectables, mais qui ont tendance à cultiver « la pensée unique ».

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22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 19:22

Certains parmi vous, ont exprimé leur étonnement, au sujet de ma position sur la soi-disant « immigration clandestine à Mayotte.»

Je peux comprendre que soit soulevée la réflexion rejetant la conception-même d’immigration entre Mayotte et les trois  îles de l’Union des Comores ; tant il apparaît, pour certains d’entre vous, qu’il s’agit ici de populations culturellement et socialement identiques, avec une histoire commune. En même temps, je pense qu’il faut savoir être au-dessus de certaines considérations, qui ne trouvent leur place que dans des enjeux stériles et machiavéliques : nous connaissons tous, le nombre de vies perdues dans le bras de mer qui sépare Mayotte (Maoré) de Anjouan (Ndzouani) ; nous n’ignorons pas non plus, la capacité d’accueil d’une île de 374 km². L’objectivité de la société civile doit dépasser le machiavélisme des acteurs politiques. Comprendre le mouvement migratoire et en apporter les remèdes à effet immédiat, est, me semble t-il, la seule priorité qui vaille. A la société civile j’avance ceci : quand vous avez imaginé des  proches (grands, petits et très petits) périr dans les conditions atroces que constitue la noyade, votre indifférence vaut complicité. Ne cautionnez pas l’action politique irresponsable. Il y a comme une forme de schizophrénie, dont seraient atteints certains acteurs politiques comoriens, faisant qu’aux questions ; qu’ai-je fait à mon prochain pour mériter cela ? que dois-je faire à mon prochain pour lui éviter un  désastre humain familial et humiliations ?; ils n’avancent une once de réponse sincère. Pour être régulièrement à Ndzouani, je n’ai pas observé l’once d’une envie de sortir de cette situation qui profite, souvent, à des filières « aux affaires macabres » avec hommes sans foi, sans éthique agissant souvent sous la couverture de certaines autorités locales. Celles-là- même qui mettent en avant des considérations purement égocentriques (Maoré, terre comorienne, doit intégrer son giron…), mettant très bas l’homme et la valeur humaine. L’honnêteté, le sens humain commande à dénoncer aussi cela ; de tous les textes et autre mémorandum, il n’y a  pas une seule ligne. Je ne peux, non plus exonérer les autres acteurs politiques de Mayotte et de France; j’en ai parlé sur mon précédent texte ; j’y ai même évoqué la question des visas qui, à mon sens, n’est pas l’urgence immédiate. Je persiste, l’urgence immédiate est en amont.

J’accorde une place majeure au concept de la mobilité croisée*, pour consolider l’action des remèdes à effet immédiat ; mais ce concept ne peut se concevoir qu’à rapport économique équilibré entre les îles, faute de quoi nous risquerions d’engendrer un déséquilibre plutôt défavorable aux trois îles de l’Union des Comores (effet aspirateur.)

 

Comment sortir du cas Mayotte, me demande-t-on ?

En toute modestie, ce que trois parties ne parviennent pas à solutionner, je m’imagine mal arriver. En revanche quelques pistes de réflexion nous sont autorisées:

- le retour immédiat de Mayotte dans le giron de l’Union des Comores me semble relever d’un accouchement prématuré au forceps : le bébé Mayotte serait voué à la mort.

- la coopération, l’échange me paraissent seul avenir capable de faire disparaître les tensions et autre méfiance et cela quelque soit le statut institutionnel de Mayotte. Ici le concept de la mobilité croisée, a toute sa place. Il faut, cependant, reconnaître qu’aujourd’hui, les autorités comoriennes en font un substrat de chantage : brandir la question de l’île comorienne de Mayotte au niveau des institutions internationales, aux fins d’arracher à la France une promesses d’aide voire une contribution financière ciblée.

 

Faisons du respect de l’autre, mahorais, anjouanais, mohélien ou grand-comorien, notre charte de la transcendance.

 

* Concept développé par l'économiste international Anrmy B. dans son récent article dont le titre est "Osons la mobilité croisée pour unir la Nation".                            

                                                                                Darkaoui allaoui       22/11/08

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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 20:53

Fidèle au principe m'ayant conduit à la création de cet espace; à savoir, nul propagande stérile, place à la réflexion;  voici en guise de préambule deux visions novatrices traitant de Maoré, de Ndzouani, de Mwali et de Ngazidja. En toute évidence, elles appellent  critiques constructives ou approbations; celles-ci seront publiées.
Le choix porté sur ces deux premiers textes se veut purement circonstanciel. En lecteurs avertis, vous avez compris que mon texte " Réflexion sur le cas Mayotte" est un peu ancien; mais je choisis volontairement de garder sa version originale,ce qui ne lui enlève en rien le mérite, entre autre, de ne pas trop s'éloigner de celui de Anrmy.
                                                                                              Darkaoui


 

Kamar[1] : Osons la Mobilité Croisée

pour  Unir  la Nation

 

 A l’instar de tous les archipels dans le monde, Kamar[2] a des spécificités propres à son caractère géographique. Les problématiques liées à l’éducation du peuple, la mise en valeur des terres, l’espacement des naissances, la place de la femme, l’information populaire… doivent avoir ici une réponse autre que celle d’un pays continental. Certes, dans un ensemble comme Kamar une politique de décentralisation et d’autonomie est nécessaire, mais elle doit surtout être suivie de mesures poussant le grand comorien à vivre à Mwali, le mohélien à Ndzuani…

 

De part ce constat, Kamar est donc à la fois spécifique et complexe. Spécifique parce que composé de plusieurs entités insulaires elles même différentes ; Complexe car son positionnement  géostratégique à l’entrée du Canal du Mozambique a toujours attisé et attise encore les convoitises des puissants de ce monde.

 

Vivant dans un monde moderne en perpétuel mouvement, on ne peut qu’être stupéfait par le poids étouffant de fléaux tels que l’immobilisme, le conservatisme et le féodalisme religieux dans la société comorienne. Mais de quelle société comorienne veut on parler ? Existe t’il déjà une vraie Nation comorienne unie partageant un même destin ? N’en déplaise à certains, la Nation comorienne n’existe pas encore, elle reste un puzzle non construit.

Nous devons tirer la sonnette d’alarme suite aux mouvements séparatistes de 1995 et 1997[3]. Aujourd’hui, les institutions élaborées en 2001, dans l’esprit de créer la stabilité et faire disparaître le cancer du séparatisme ne font qu’enfoncer dans la division la partie indépendante de Kamar[4]. Avec leurs nombreux pôles de décision – 4 exécutifs, 4 parlements -, ces institutions rendent plus complexes la gestion du pays.

Elles minent surtout l’idée d’appartenance à une même Nation par le fait qu’aujourd’hui la gestion d’une île par ses originaires contribue à retenir les gens chez eux.

 

En réalité, le Peuple comorien ne se connaît pas. Le tourisme et les échanges économiques inter îles sont quasi inexistants sinon nuls. Le village reste encore malheureusement la seule référence du comorien. Ngazidja (la plus grande île de Kamar) et en particuliers la ville de Moroni abrite toutes les capitales (économiques, politiques, culturelles). Les mohéliens et les anjouanais sont donc contraints de s’y rendre régulièrement pour  les démarches administratives, pour des soins, pour partir à l’étranger, ou pour travailler tout simplement.

Quel serait aujourd’hui l’intérêt pour un grand comorien d’aller à Mohéli ? Aucun malheureusement.

 

Il existe plusieurs leviers pour provoquer un sentiment d’union nationale. Cependant, dans le cas de Kamar, plusieurs facteurs freinent la naissance de cet élan national.

C’est de cet immobilisme archaïque, vicieusement maintenu par une pseudo notabilité embourgeoisée et principalement dans l’intérêt d’améliorer le quotidien du peuple comorien que vient germer l’idée de mobilité croisée bien adaptée à la configuration de ce bel archipel.

 

Naturellement, il ne s’agit pas d’énoncer ici des concepts sociologiques vides de sens, car la mobilité croisée est une notion simple et pragmatique, accessible à tous lorsqu’on en explique les avantages mais aussi quand on propose des mesures concrètes pour sa mise en place.

 

De mémoire de comorien, seul Le Président Ali Soilih[5] avait conceptualisé mais aussi appliqué cette notion de mobilité croisée. Pendant son mandat « ….Ali va donc s’attacher à se référer, sans cesse, à un concept nouveau pour le citoyen moyen, celui de Nation (Twaïfa)… […] Et concrètement, il institue, par décret, le 15 octobre 1976, un service national d’une durée de un an, en veillant à ce que le jeune soit affecté, autant que possible, dans une île autre que celle de la naissance… »[6]

 

Après l’indépendance le 6 juillet 1975, et le départ de l’administration coloniale, Ali Soilih comprend donc qu’il est impératif de créer une Nation et « grâce à son action déterminée, [il] cherche à faire apparaître une conscience et une unité nationales naissantes… » (Voir note 5 bas de page). 33 ans après cette «Indépendance de drapeau», Kamar est toujours à la recherche de cette Unité alors que notre hymne national  «Udzima Wa Massiwa»[7] nous le rappelle tous les 6 juillet.

Dans ce contexte inquiétant, comment ne peut-on pas soulever encore le débat sur la mobilité croisée ?

 

Car mise à part sa capacité à créer enfin une Nation qui se connaît et se respecte dans ses différences, la mobilité croisée sera une grande opportunité pour  le développement économique de Kamar. En effet, elle permettra des débouchés réels dans l’immobilier (notion de location de propriétés dans toutes les îles) ; la mise en place d’un tourisme local inter îles ; une meilleure occupation du territoire national (Ndzuani croule sous le poids d’une très forte densité démographique -599 hab. /km2- face à Mwali -118 hab. /km2- qui a un territoire peu occupé). Sans oublier la commercialisation de nos produits sur un marché d’environ 750 000 consommateurs répartis sur 2.236 km2  (économies d’échelle).

 

Dans ce même état d’esprit, chaque île a ses avantages comparatifs : Pourquoi ne pas promouvoir le bois de Bahani (Ngazidja) ? Comment oublier le goût exquis des bananes vertes et du manioc de Ouallah 1 (Mwali) ? Qui connaît la qualité du lait caillé de Nioumakélé (Ndzouani) ? Le sel solaire produit par les femmes de Bandrélé (Maoré) ne bénéficiera t’il pas de meilleurs débouchés commerciaux s’il est promu sur tout le territoire de Kamar (2.236 km2)? Qui connaît l’expertise de Bandrani (Ndzuani) dans la fabrication de galawas[8] ? Pourquoi ne pas aller apprendre des techniques de pêche artisanale du petit village de Chindini dans le sud de Ngazidja ?

Malheureusement tous ces trésors n’ont qu’une visibilité villageoise au mieux régionale. Le premier porte parole pour la promotion des produits locaux, de l’artisanat, des techniques agricoles et halieutiques n’est autre que le peuple mobile sur tout le territoire national.

 

Il nous faut aussi relever les avantages sociopolitiques qui nous amènent à oser sans tabou ce débat pour L’Union à travers une mobilité croisée adaptée et urgente. Il est plus que logique que ce brassage des populations, cette interpénétration du peuple comorien conduira à une meilleure connaissance et/ou compréhension des idéaux, des pratiques coutumières et religieuses, des problèmes quotidiens, des habitudes alimentaires… présents sur chaque île de Kamar. De la connaissance commune née de cette mobilité, une politique nationale de « compétition intelligente sectorielle » pourra être initiée. Chaque île aura sa spécialité connue de tous dans tel ou tel secteur. Ainsi Ndzuani pourra être spécialisée dans la tomate, la viande bovine, les soins et la beauté ; Mwali dans la banane verte, le poisson et l’écotourisme ; Ngazidja dans la culture du manioc, l’élevage de volaille et la couture d’habits traditionnels ; Maoré le sel solaire, la transformation de produits locaux et la plongée sous marine.

 

Tous les comoriens -diaspora comprise - amoureux de leur pays,  doivent saisir l’importance et l’intérêt qu’ils ont de comprendre et débattre de cette idée simple de mobilité croisée. Une idée essentielle pour que chaque citoyen puisse se sentir chez lui, partout sur tout le territoire national. En relevant ce défi, tous les comoriens contribueront à une Révolution des mentalités et à l’édification effective de la Nation comorienne. Une fois que le comorien connaîtra son territoire, connaîtra surtout la vie du voisin du village d’à côté ou de l’île d’en face, nous balayerons à jamais les démons internes et externes du séparatisme. Il en va de l’Amour entre comoriens, il en va de l’Union de la Nation Kamar…

 

Quel patriote osera relever ce nouveau défi ?

 

Anrmy B.

International Economist ; London

anrmy@hotmail.com

 

 

5 concepts simples et concrets pour le succès de la Mobilité Croisée

 

·        Opération Tour inter îles : Pour tous les citoyens de nationalité comorienne réduction de 50% pendant un mois pour se rendre sur une île en avion et/ou bateau// Janvier pour la destination Ndzuani ; Avril pour Mwali ; Août pour Ngazidja et  Novembre pour Maoré.

·        Opération Foires & Festiv’Iles : Foire des produits du terroir ; Festival de danses traditionnelles ; Foire de l’artisanat ; Foire des produits de la mer.

·        Opération Karibou Ramadhan : Profiter de ce mois pour promouvoir et faire découvrir les spécialités culinaires de chaque île.

·        Opération I Love Kamar : Choisir de présenter, le même jour et nationalement un même village dans chacune des 4 îles.

·        Opération Pieds Pirogues : Marathon inter îles composé d’équipes de jeunes pratiquant 2 disciplines : course à pied et course à pirogue.

 

 

Né dans l’océan indien aux Kamar, Anrmy B. poursuit des études en Commerce International sous le soleil montpelliérain. Il décroche brillamment  aux Etats-Unis (2001) un Master trilingue en Négociation et Gestion de Projets Internationaux.

 

Son riche parcours professionnel le mène dans les 4 coins du globe. Après Les Canaries, les Etats-Unis, Puerto Rico, La Réunion, L’Espagne, Dubaï il pose aujourd’hui ses valises à Londres où il est chargé du développement stratégiques   des  marchés hispanophones et francophone d’une grande société américaine.

Très attaché à sa terre natale,  il s’engage activement dans des actions humanitaires-en particulier le domaine de l’éducation et la santé. Il a aussi l’honneur d’être membre de la famille Rotaract, la branche jeune du Rotary International.



[1] Ce sont les navigateurs arabes qui ont donné au début du XVIème siècle leur nom à ces Iles situées dans le canal du Mozambique. Ils les appelaient couramment Kamar (Iles de la Lune)

[2] Dans cet article, nous utiliserons les noms authentiques de Ndzuani (Anjouan en français) ; Ngazidja (Grande Comore) ; Mwali (Mohéli) et Maoré (Mayotte)

[3] Le mouvement sécessionniste commence en 1995 à Mwali qui est rejoint par Ndzuani en 1997

[4] Mwali (34 500 h), Ngazidja (293 000 h), Ndzuani (254 000 h) sont indépendantes depuis le 6 juillet 1975. Maoré (186 000 h) est restée française

[5] Chef d’Etat Révolutionnaire de Kamar du 2 janvier 1976 au 15 mai 1978. Il fut assassiné par Bob Denard.

[6] Extrait de « Ali Swalihi 1976-1977 L’IMPOSTURE » - Djahazi 04 - 2008

[7] Titre de l’hymne de Kamar. Ce titre signifie « Union des Iles »

[8] Pirogues monoxyles à un ou deux balanciers, faites en bois et longues de 3 à 10 mètres. Elles servent à la pêche artisanale dans l’océan indien


                                    Réflexion sur «  le cas Mayotte »

        Ici, là-bas, et même à Mayotte, on entend tout et son contraire à propos de ce qui est convenu d’appeler « le cas Mayotte » : tant en ce qui est du statut juridique de cette île, de sa relation avec les autres îles voisines, que de l’immigration incontrôlée qu’elle connaît. Les propos récents (septembre 2005 ) des autorités nationales- par la voix de son ministre de l’Outre-mer M François Baroin- et locales, en matière de droit d’accession à la nationalité française, illustrent bien le désordre moral, intellectuel et culturel qui y règne. Or, sur « le cas Mayotte », la nécessité d’avoir une objectivité d’analyse, sans parti pris, n’a pas toujours prévalu. Pas plus, ailleurs qu’à Mayotte, « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » : autant de têtes, autant d’avis. 

 

           Mayotte (Maoré), une île sœur d’Anjouan (Ndzouani) de Mohéli (Moili) et de la Grande Comores (Ngazidja), est la seule de l’ancien Archipel des Comores (qu’il ne faudra pas confondre avec la République Fédérale Islamique des Comores), à rester française alors que les trois autres accédaient à l’indépendance en juillet 1975. C’est donc un fait bien accepté, à ce jour, par la très grande majorité des Mahorais  (seuls maîtres de leur destin) ;  puis, si peu qu’il le soit, par ceux qui connaissent bien la région. On peut le comprendre encore plus, quand on connaît le caractère instable et imprévisible des régimes politiques environnants.

Imposé, quelque destin que ce soit aux Mahorais serait leur renier ce droit qu’est devenu élémentaire à nos jours : le droit d’un peuple à disposer de lui-même. Mais cela n’entend pas pour autant l’octroie d’un droit à la soumission ou l’avidité à devenir le nègre « y a bon banania ». Cela suppose aussi le refus de toute idéologie extrémiste telle celle de « la société des amis des souffrants », nourricière de grande illusion. La voie qu’a prise Maoré pour son développement et son épanouissement paraissait être  à contresens ; aujourd’hui elle montre ses preuves face à celle empruntée par ses voisins ; de cet avantage acquis, Mayotte devrait s’en  servir et s’ériger, en toute modestie, en guide pour l’essor de ses voisins. La coopération régionale trouve ici une place prépondérante. Une coopération faisant intervenir tous les acteurs de la vie politique et socio-économique des îles du Canal de Mozambique. Mais pour cela, les querelles et autres manipulations doivent laisser la place au dialogue. Attiser les passions c’est faire tomber les maillons de la chaîne de solidarité, les uns après les autres. En effet, le Mahorais doit se garder de vouloir devenir « blanc au teint noir ». Le Comorien (au sens d’une nationalité), quant à lui, n’a rien à y gagner en stigmatisant le Mahorais dans son choix institutionnel, tant il est vrai que, l’orgueil d’un ventre affamé n’a d’égal que l’anosmie d’un  chat. Si peu qu’il eut été utile de dresser un bilan, en toute objectivité, celui des trois îles autonomes serait sombre.

 

           L’ambivalence atavique de la relation entre Maoré et les îles sœurs voisines (la fédération des îles Comores), reflète bien la grandeur du défi qu’ont à se lancer les différents acteurs de la vie politique comorienne, mahoraise et française. La volonté d’échanger, latente chez les uns, souhaitée chez les autres, doit d’être, en effet, la seule arme qui vaille. Et nul ne doit faire croire que le mahorais est d’abord européen, puis comorien (le terme comorien, ici, prend un sens géographique). Les partisans  inconditionnels d’une telle métamorphose, manifestent ; par-là, un mépris total envers le mahorais en le prenant pour moins qu’un mouton ; ou alors, une méconnaissance totale de la région du canal de mozambique. Quoique disent certaines têtes asservies, bien imprégnées d’idéologies extrémistes, un Mahorais ne peut shunter sa descendance. Il a forcement- et cela de façon réciproque- un oncle, une tante, un neveu ou une nièce à Ndzouani, à Moili, à Ngazidja, ou quelque part à Madagascar . Et c’est forcement dans la reconnaissance et le renforcement de ce lien que peuvent se régler les problèmes socio-économiques de la région du canal.

« N’ayez d’intolérance que vis-à-vis de l’intolérance. » Hippolyte Taine. Nul souffrance, ne doit susciter réjouissance ; bien au contraire, elle doit appeler à compassion et à assistance. Ce n’est pas par l’apnée que l’on enraye la puanteur d’un rat crevé. Comprendre l’origine de la misère et de la pauvreté qui frappent les îles voisines permettraient de la bien combattre et la vaincre. Un souffle d’oxygène dans ces îles, est un gros ballon d’oxygène à Mayotte. A l’évidence, et c’est un constat qui s’impose : Mayotte ne sera rien sans les îles voisines ; les Comores ne  seront rien sans Mayotte. Cependant, Mayotte dans les Comores pourrait être facteur d’instabilité et d’incertitude socio-économique. Il est donc de l’intérêt de tous les protagonistes de cet imbroglio, et plus particulièrement de celui de Mayotte, que naisse une coopération dont elle serait l’initiatrice, la promotrice, sur des bases équilibrées, sinon elle  reste en proie à un déséquilibre économique grave dans les années à  venir. C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’il faut revoir les échanges et le contrôle du flux migratoire dans les deux sens ; avec surtout, à l’avenir proche, la remise en cause du mode d’entrée à Mayotte, qui est réservé aux voisins comoriens (sens nationalité). Celui d’aujourd’hui ne devrait pas être en adéquation avec un avenir comorien moins morose.

 

     Du flux migratoire, il faut garder raison et rester donc honnête et objectif. L’immigration clandestine est un mal ; qu’elle touche des territoires africains, européens, asiatiques ou américains. Mayotte ne peut faire l’exception, au nom d’un lien historique et géographique. C’est un problème d’autant plus préoccupant à Mayotte qu’il laisse des centaines de vie comoriennes entre les quelques miles qui séparent Anjouan de Mayotte. Il y a crime. A qui cela profite, serait-on tenté de demander. Il n’est pas honnête d’attribuer la totale responsabilité aux seules autorités françaises de Mayotte et du continent. Certes à celles-ci en incombe la plus grande, mais du reste, le silence assourdissant des autorités des Comores ne vaut-il pas approbation ? ! Quant à  la société des  bien-pensants bons humanistes, qu’elle admette humblement que l’humanisme y gagne quand il épouse  le réalisme. La manipulation dans un sens comme dans l’autre, est avant tout pourvoyeur de misère. Plaider pour une entrée non contrôlée des individus à Mayotte peut-être anachronique; à l’inverse, plaider pour le repli de Mayotte autour d’un rideau de fer, relève d’une hérésie. La politique de migration à Mayotte doit être bien pensée ; l’immigration n’y doit pas être asphyxiante, ni destructrice de l’identité des uns et des autres. Sa gestion revient aux diverses autorités, puisque chacun y trouverait son compte ; et l’ensemble des îles de l’océan indien y compris. Concilier les opinions afin de réconcilier entre eux les mahorais et les autres comoriens ne relève quand même pas de l’utopie. Bien beaucoup de nations, et pour des motifs de discorde d’une grande gravité, en sont parvenues.

Est-il impensable, que l’on puisse relancer une politique de développement économique aux Comores, avec les mêmes acteurs de la vie économique à Mayotte, seule solution durable et humaine pour rompre avec l’écoulement unidirectionnel du flux migratoire. Certes, cela nécessite un socle solide et stable aux Comores ; mais quand on le veut dans la coopération on le peut !

 

  Quant à la problématique de la nationalité française acquise à Mayotte, il n’en est pas moins une et authentique; quand  elle réveille le doute, que le mahorais le comprenne, la  sienne l’est autant que celle d’un autre comorien, acquise selon les mêmes droits. Entendre des responsables politiques mahorais soutenir la thèse d’une « nationalité française light », car acquise à Mayotte, laisse de marbre et jette le doute sur la maturité de la politique mahoraise. Quand des propos de ministre ne méritent que désapprobation, rejet, car plein de mépris, il est affligeant de voir une partie de l’élite mahoraise, venir au secours de celui-ci avec des arguments qui manquent de sérieux. Révèlent-ils, là le visage de soumis, d’obéissants perroquets à l’égard du bienfaiteur ?!

Que ces mêmes autorités aillent passer quelques jours dans certains départements d’outre-mer. De deux choses l’une : ou ils seront accueillis bras ouverts et je le crois peu, ou ils se rendront vite compte qu’ils sont des français à part (non pas parce qu’ils se seraient targués de posséder une « nationalité française light », mais parce qu’ils sont mahorais). En rajouter un handicap à un handicap, est une bonne trouvaille de notre ministère, largement compris par  certaines de nos élites. Mayotte, laboratoire de « connerie », voilà la nouvelle image que s’est attelé à donner notre ministère de l’outre-mer, avec l’approbation aveugle des asservis inconditionnés de la  providence.

La société mahoraise connaît aujourd’hui des bouleversements d’allure inquiétante. La mesure de la vulnérabilité d’une société n’a jamais été, ici, aussi ignorée piétinée même. Ne laissez pas poindre les actes barbares prémédités. Il en va de l’intérêt des quatre îles, aujourd’hui mais aussi demain, que de nouer, sur des bases raisonnables, le dialogue pour le bien être des uns et des autres. A l’heure où l’UMP cherche à vous imposer (avec l’aval de tous ses députés) une vision nihiliste des responsabilités de la Nation dans les ravages de la colonisation, ne suivez pas l’opinion aliénée. N’assumez pas votre destruction identitaire vous-même ; laissez cela à d’autres qui sont beaucoup plus doués.
                                            
                                                                                                               Darkaoui Allaoui           

 

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